Le Fils de Florian Zeller se jouait au Théâtre de Bâle

Le Fils Rod Paradot Stefane Freiss Theatre de Bale fevrier 2019Photo VB

Le Fils de Florian Zeller : chronique d’une mort annoncée

Stephane Freiss Le Fils Théâtre de Bâle  février 2019 Photo VB
Stephane Freiss Le Fils Théâtre de Bâle ©VB

Un couple désuni se fait face : lui , Pierre / Stefan Freiss , élégant , belle allure , un brin hautain . Elle, Anne/ Florence Darel, en mode humble , très classique , plus très jeune,  aussi guindée qu’il est à l’aise . On a déja une idée précise de qui a quitté qui . Au lever de rideau, la discussion tourne autour du fils Nicolas dont le comportement dépressif inquiète la mère. L’adolescent va mal , il faut l’aider . La situation est tristement banale : le couple parental est séparé , le père est parti avec une autre femme , plus jeune . Ils ont conçu ensemble un enfant , Sacha . Le fils Nicolas/ Rod Paradot ne supporte ni n’accepte le nouveau bonheur du père pas plus que la durable tristesse de sa mère . Alors , tout l’abandonne : la joie de vivre d’abord puis la vie elle-même . Entre temps – la durée de la pièce 2 heures –  Nicolas cherche à se hisser vers les branches qui le sortiront des eaux saumâtres du désespoir, des brindilles trompeuses sans vraie consistance : quitter sa mère pour vivre avec son père , accepter de retourner au lycée , faire ami-ami avec sa belle-mère –Ici , quand tout vous abandonne on se construit une famille ( Maxime Leforestier ) – , rien n’y fera .

Comment on fait pour vivre ? HELP !

Alors que Anne , simple mère de son état , s’efface progressivement comme dessinée à l’encre sympathique à l’ombre de Pierre , le brillant avocat , celui-ci perd sa désinvolture au rythme de la plongée de Nicolas . Son incompréhension est totale , il  ne trouve aucune rationalité dans l’attitude de ce fils qu’il aime pourtant sincèrement . C’est la vie qui me pèse . J’essaie mais je n’y arrive pas . Je ne suis pas comme les autres . Je préférais quand j’étais un enfant .Comment est-ce possible ? Tu as tout pour être heureux rétorque le père pragmatique  : ta chambre , une belle veste pour sortir avec tes amis …  Nicolas vit dans le software , Pierre dans le hardware , il n’existe aucune passerelle entre leurs deux mondes . Le recours aux psychiatres intervient trop tard . 

Rod Paradot Le Fils Theatre de Bale  Fevrier 2019 PhotoVB
Rod Paradot Le Fils Theatre de Bale ©VB

Variation sur la culpabilité , le remords , les regrets , le poids inutile du passé 

Quand les êtres qui nous sont chers disparaissent , les mêmes questions reviennent sans cesse comme des mantras ? Pourquoi en est-il arrivé là ? Comment n’ai-je rien vu , rien anticipé ? Pourtant , les signes avant-coureurs peuvent être de bons signaux : ne rien faire du tout par exemple . Nous détestons le vide , l’inertie est contre notre nature , elle pourrait nous alerter , mais il n’y a aucune règle . Une autre question que l’on se pose toujours dans ces cas-là : le geste fatal est-il inscrit dans l’ADN ou bien dans une forme d’acquis , le résultat d’une concordance de faits précis qui vident l’existence de tout son sens ?

 puis , l’autre question qui vient en corolaire : la faute à qui ? Car l’être humain a besoin de nommer un responsable. Pour Florian Zeller , la responsabilité se porte clairement sur le père , celui qui quitte le foyer , le cercle familial rassurant où l’on croit , naïvement enfant , que rien ne peut arriver , que l’on sera toujours protégé . Lorsque cette croyance a perdu toute raison d’être , on peut choisir de rejoindre le monde du silence qui ne connait pas le mot trahison.

Rod Paradot avait décidément bien mérité son César du Meilleur Espoir Masculin 2016 avec le film La Tête Haute d’Emmanuelle Bercot . Dans la pièce Le Fils , sa crédibilité de comédien est largement confortée et également récompensée – Molière de la révélation théâtrale– lui dont la souffrance existentielle s’est douloureusement transmise au public comme une traînée de poudre l’autre soir au théâtre de Bâle. Avant de partir en tournée , Le Fils était jouée au Théâtre des Champs Elysées avec Yvan Attal précédant Stefan Freiss dans le rôle du père – représentations interrompues le 31 mai 2018 en raison de problèmes de santé d’Yvan Attal – Rod Paradot y était déja nominé pour les Molière. On ne sait lequel des deux , père ou fils , devraient être couronnés pour leur rôle , tant leur investissement est entier . Stefane Freiss est sidérant de vérité en père désarçonné , qui saute du ( sou)rire aux larmes en passant par la colère , les cris , les tentatives de raisonnement . Peut-être son rôle n’est -il pas tout à fait un rôle de composition , le comédien ayant lui-même traversé une pèriode de dépression intense , bien que n’ayant jamais cessé d’occuper la scène théatrale ou les tournages au cinéma ou à la télévision , marié à Ursula , charmante personne dont il a trois enfants . Comme quoi , la tristesse est un serpent qui peut s’immiscer n’importe quand pour peu qu’on ait le dos tourné . Pardon pour cette chute peu optimiste à laquelle vous accorderez tout de même le bénéfice de la réalité , si crue soit-elle. Et merci au metteur en scène Ladislas Chollat qui sert le texte plutôt simple et direct de Florian Zeller amène les comédiens et le public vers l’aboutissement , glaçant ! 

Florence Darel Le Fils Theatre de Bale ©VB
Florence Darel Le Fils Theatre de Bale ©VB

THEATRE DE BALE SAISON FRANCAISE 

Avec « Le Fils », Florian Zeller clôt sa trilogie familiale. La « Mère » a été créée en 2010 au Théâtre de Paris autour de Catherine Hiegel. « Le Père » a été créée en 2012 autour de Robert Hirsch et a été reprise en 2015 à la Comédie des Champs-Elysées. Elle a été jouée dans plus de 30 pays et a été, selon The Guardian, « la pièce la plus acclamée de la décennie ».

Le Fils est en tournée jusqu’en mars 2019 .

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