Sandro Lunin Directeur artistique de la Kaserne à Bâle

Kaserne de Bâle Photo VB

Sandro Lunin prend clairement position sur la mondialisation :

le directeur artistique de la kaserne s’ engage sur les routes du Sud.

Sandro Lunin Directeur artistique de la Kaserne Bâle 2019 ©VB
Sandro Lunin Kaserne Bâle 2019 ©VB

Du Nord au Sud , d’Est en Ouest : écouter ce que les artistes ont à dire et leur donner l’opportunité de se produire , ici et chez eux . Faire émerger les jeunes talents. Favoriser la diversité stylistique : voici le fil d’Ariane de la Kaserne sous la houlette de Sandro Lunin. le Zurichois  parle de son amour pour le théâtre du Moyen-Orient ou de l’Afrique,  sans oublier la scène suisse libre dont le metteur en scène de théâtre, auteur et essayiste bâlois Boris Nikitin est un des représentants les plus réputés. 

Kaserne Basel fondée en 1978 sous le nom de “Kulturwerkstatt Kaserne” qui allie l’avant-garde artistique aux cultures pop modernes, est un centre culturel subventionné pour la scène  contemporaine indépendante . Environ 270 événements vus par  50.000 visiteurs ont lieu chaque année.

Sandro Lunin est né en 1958 à Zurich . Il était originellement instituteur puis a dirigé un théâtre pour enfants et ados à la Rote Fabrik de Zurich . Il a ensuite cofondé le Blick Felder Festival , plate-forme internationale de théâtre expérimental pour jeunes également ; de 1997 à 2007 , il a été directeur artistique du Schlachthaus-Theater de Bern pour ensuite diriger le Theaterspektakels Zurich ( chaque année fin d’été ) pendant 10 ans avant son arrivée à Bâle l’été 2018. Il a pris la succession de Carena Schlewitt en qualité de directeur artistique de la Kaserne et prendra également en charge le Festival de Théâtre de Bâle fondé par celle-ci en 2012 . 

Entretien avec un homme d’ouverture Sandro Lunin aux manettes de la Kaserne 

  • Bonjour Sandro , quelle a été ta motivation essentielle en quittant le Theaterspektakels Zurich pour rejoindre la Kaserne de Bâle  ? 

Ce fut un véritable défi mais j’aime les challenges . C’est vraiment le grand écart de passer du concept de Festival à celui d’une maison fixe toute l’année mais c’est très excitant. Opportunément , la direction de la Kaserne s’est libérée et cela coïncidait avec la fin de mon mandat à Zurich . En arrivant , il a fallu très vite décoder le langage propre à Bâle lié à la tradition de cette ville , voir comment le gâteau se distribue dans la sphère artistique contemporaine loco-régionale , innover tout en actant la continuité du travail de Carena Schlewitt . Cependant, je dois dire que ma motivation principale , ce sont les rencontres ! Depuis 30 ans , mon chemin croise celui de gens formidables dont l’imagination est sans limites et qui sont totalement engagés dans des démarches artistiques . Ce sont leurs histoires que j’écoute partout dans le monde lors de mes voyages , c’est ce qui me passionne . La vie des autres est une source inépuisable d’interêt . Pour revenir à Bâle , la ville est différente de Zurich car le public y est bien plus international surement par l’impulsion des gros employeurs de la Pharma qui cohabitent avec les banques , celles-ci fournissant davantage un public local . 

  • A Bâle , outre la direction artistique de la Kaserne , tu prends en charge  le prochain festival de théâtre bâlois en 2020 ( 26 aout au 6 septembre ) ; l’occasion de mettre en oeuvre ta double expèrience . Comment gagner sur les deux tableaux ?  

Gérer le bon fonctionnement d’un lieu de spectacles toute l’année implique une attention de chaque instant . Il faut que le feu brûle en permanence . Pas question de s’endormir ! Il faut développer une certaine forme de continuité tant avec les artistes qu’avec le public . Lorsqu’on travaille pour un festival , on doit donner une impulsion forte pendant une pèriode donnée . Etre attaché à un lieu culturel permanent , cela signifie être capable de proposer au public des spectacles enthousiasmants tout au long de l’année , cela oblige à entretenir la flamme de façon continue , il faut être davantage visionnaire  tout en tenant compte de la contrainte budgetaire en réservant parfois les projets de grande envergure au temps du festival et répartir des propositions artistiques moins couteuses au cours de la programmation annuelle. Nous devons aussi appliquer le principe de diversité pluriculturelle aux différents publics . Par exemple , la chorégraphe Tabea Martin présentera en mars 2019 une oeuvre sur la mort et la vie éternelle composée à partir d’échanges avec des enfants, spectacle sensible adressé aux petits et aux grands .( Variation sur le jeu  ” On aurait dit qu’on serait jamais mort ” , inépuisable sujet existentialiste qui n’a que faire des frontières démographiques , linguistiques ou géographiques NDA). 

  • Tu arrives à la Kaserne avec l’intention d’y intégrer les spectacles contemporains du Sud , les arts de la scène théâtrale et dansée du Moyen-Orient et de l’Afrique . Encourager la multiplicité des styles permettra-t-il d’ attirer un nouveau public , plus nombreux ?   Les bâlois sont-ils réceptifs à cette diversité artistique ?

Sans aucun doute . D’ailleurs , notre leit motiv est de travailler à la fois au  niveau local et au niveau intercontinental, notamment avec les pays du Sud où les artistes disposent le plus souvent de peu de moyens . Nous co-produisons ou proposons des résidences . Notre démarche implique en particulier la jeune génération d’artistes qui bénéficient de la nouvelle salle de répétition de la Kaserne . C’est aussi le moyen d’encourager des initiatives artistiques et éducatives comme l’Ecole des Sables de Germaine Acogny  au Sénégal dont nous avons présenté le spectacle dans le cadre du Theater Festival de Bâle 2018.  La création artistique contemporaine dans les pays d’Afrique continue à manquer cruellement de soutien financier de la part des sections culturelles étatiques . Vingt année de voyages sur tous les continents à la rencontre des artistes (  Buenos Aires , l’Afrique du Sud , le Japon  ces dernières années  ) m’ont permis de tisser un réseau intercontinental et continuer à développer les relations en m’engageant dans la production .Il y a eu des changements bénéfiques dans les mentalités ces dernières années , une prise de conscience en faveur du développement culturel intercontinental a émergé . Cela a entraîné un engagement de la part d’institutions comme Pro Helvetia ou GoetheInstitut. Nous agissons dans ce sens en proposant au mois de mai 2019 un focus sur les danses urbaines de l’Afrique du Sud et du Brésil avec les chorégraphes Jeremy Nedd et Alice Ripoll.

Tu as dit : ce n’est pas l’esprit de découverte qui me motive car cela appelle un instinct colonial plutôt déplacé .

Oui , en fait , ce qui m’intéresse , c’est le processus de création et la collaboration avec des artistes à long terme. : il faut débusquer les endroits du monde où trouver des langages liés à la danse ou au  théâtre qui peuvent échanger avec nous ; comprendre comment une idée ou un texte se transforme en spectacle, c’est toujours un petit miracle ; comment surgit la cohésion finale ?  Comment parvient-on à une perspective commune à long terme ? La composante physique qui intègre une notion de sensualité dans le spectacle artistique est aussi très importante . Mon rôle est de créér une plate-forme impliquant des liens en provoquant des rencontres entre les protagonistes , professionnels de la danse et du théâtre , le public et les artistes.  Je me demande aussi où y-a-t-il des artistes qui parlent une langue qui pourrait interesser les suisses , où et comment réaliser les projets des jeunes talents, comment ça va marcher avec le public …Voilà les  questions auxquelles je dois pouvoir répondre. 

Qu’en est-il du financement au niveau de la production locale ?

Il faut  prendre en compte le fait qu’en Suisse alémanique , il existe une structure de la scène théâtrale assez spéciale  : il y a les  théâtres municipaux qui sont subventionnés à hauteur de 80 ou 85% des moyens réservés pour le théâtre, la danse et l’opéra ; le reste va à la scène indépendante avec laquelle nous travaillons . A Bâle , la Kaserne est gratifiée d’une subvention de 2,8 millions pour les trois années entre 2018 et 2021 , c’est peu en regard du budget de 40 millions prévu pour le théâtre de Bâle . Puis , il existe un fonds des deux demi-cantons pour la production de théâtre et danse indépendante d’environ 1, 2 million. Je pense que les deux secteurs ont autant besoin de ces sommes pour pouvoir proposer une programmation de qualité. En parrallèle ,  le fonds alloué à la scène indépendante devrait clairement être revu à la hausse.

  • Les collaborations locales vont-elles de l’avant à l’image de VoyageVoyage avec la Filature ?

Oui , c’est une direction que nous souhaitons conforter ; nous sommes liés à la Filature depuis 7 ans avec le concept VoyageVoyage , nous organisons des navettes pour permettre au public bâlois de se rendre à la Filature qui organise en retour les moyens de venir à la Kaserne ; nous partageons ainsi les spectateurs ( voir Les Vagamondes centrés cette année sur les artistes du Moyen-Orient, notamment la pièce de l’iranien Amir Reza qui a été vue des deux côtés ) , c’est un système qui fonctionne bien. Par contre , même si de toute évidence , le théâtre contemporain a trouvé sa place , nous devons traîter avec un obstacle important : le prix , pas facile de rivaliser avec les tarifs français , surtout que notre audience est plutôt jeune – en majorité moins de 25 ans- . Et puis , nous ne sommes pas assez nombreux pour gérer la communication côté français ou allemand . Localement , nous poursuivons d’autres coopérations comme avec le Wildwuchs Festival, avec BScene ou le Jazzfestival . Il existe de nouvelles collaborations  avec le  Zentrum für Gender Studies, le Swiss Center of Social Research et le Station Circus du Dreispitz. Ainsi, la Kaserne  a organisé en décembre un programme axé sur le Nouveau Cirque

  • Où as-tu l’habitude de faire tes emplettes théâtrales côté français ?

A Paris , je me rends volontiers au 104  ( autre scène pluriculturelle contemporaine ), à Strasbourg , le Maillon dirigé par Barbara Engelhard  ; je me rends aussi régulièrement au Festival de Marseille . J’ai développé de bonnes relations aussi avec Frederic Mazelly , le directeur artistique de la Villette et Claire Verlet du Théâtre de la ville  . En dehors de la France , le Théâtre de Vidy à Lausanne est aussi très important . Comme je cherche à établir des liens durables avec  la scène contemporaine des pays arabes , je visite aussi volontiers la biennale Dreamcity de Tunis . 

  • On comprend que tu voyages beaucoup pour alimenter ta soif de rencontres artistiques et donner la possibilité à de jeunes talents de  s’exprimer ; où rêverais-tu de te rendre aujourd’hui ?

J’aime beaucoup voyager dans des régions où se décide notre futur. Alors , la nouvelle route de la soie de la Turquie à l’Iran en remontant vers le Kazakhstan puis la Chine m’intéresse beaucoup . J’envisage de faire ma propre route de la soie pour développer des échanges approfondis avec ces pays . C’est une idée pour l’instant !                         

Merci Sandro pour tes éclaircissements . En 2020 , la Kaserne fêtera ses 40 ans , on a hâte !

KASERNE BASEL

Kaserne de Bâle logo 2019

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