Victor Vasarely au Centre Pompidou Le partage des Formes

Victor Vasarely Exposition Le partage des formes Centre Pompidou 2019 ©VB

VASARELY, LE PARTAGE DES FORMES 6 FÉVRIER – 6 MAI 2019

Victor Vasarely de retour sur le devant de la scène artistique au Centre Pompidou

Pierre Vasarely Centre Pompidou Exposition Victor Vasarely Le Partage des Formes 2019 Photo VB
Pierre Vasarely Président de la Fondation Vasarely Aix-en-Provence Centre Pompidou Exposition Victor Vasarely 2019 © VB

Commissaires de l’exposition, Michel Gauthier et Arnauld Pierre 

Arnault Pierre commissaire exposition Vasarely le partage des formes Centre Pompidou 2019 Photo VB
Arnault Pierre Pr à la Sorbonne , commissaire exposition Vasarely le partage des formes Centre Pompidou ©VB
Michel Gauthier commissaire exposition Vasarely le partage des formes Centre Pompidou Photo VB
Michel Gauthier conservateur et commissaire exposition Vasarely le partage des formes Centre Pompidou ©VB
Fanck Riester Ministre de la culture Centre Pompidou Exposition Vasarely Le partage des formes Photo VB
Fanck Riester Ministre de la culture Centre Pompidou Exposition Vasarely © VB

Il y avait foule pour honorer la première grande rétrospective française consacrée à Victor Vasarely au Centre Pompidou  ce 4 février . Bernard Blistène , directeur du Centre Pompidou et  Pierre Vasarely , petit-fils de Victor et président de la Fondation Vasarely d’Aix-en-Provence , Centre architectonique créé par l’initiateur de l’art optique , ont guidé les invités parmi lesquels notre ministre de la culture  Franck Riester à travers les salles de la Galerie 2 au 6 ème niveau du musée . À travers trois cents œuvres, objets et documents, l’exposition donne à voir et à comprendre le “continent Vasarely” et met ainsi en lumière l’ensemble des facettes de l’œuvre foisonnant du père de l’art optique en présentant tous les aspects de sa production: peintures, sculptures, multiples, intégrations architecturales, tout comme les publicités et études des débuts. 55 ans que l’œuvre n’a pas été exposé. C’est ici l’occasion, pour une nouvelle génération de découvrir Victor Vasarely.

Du Bauhaus à l’invention d’un langage visuel universel : Victor Vasarely , une vie au service de l’art pour tous

Victor Vasarely Le partage des formes Centre Pompidou fevrier 2019 Photo VB
Victor Vasarely Le partage des formes Centre Pompidou 2019 ©VB

Après une enfance et une jeunesse hongroises, Victor Vasarely (1906-1997) s’installe à Paris en 1930 où il travaille comme graphiste dans la publicité, avant de se consacrer pleinement à l’art au lendemain de la Guerre. L’abstraction qu’il pratique alors, procédant de l’observation du réel, va vite s’intéresser aux troubles et étrangetés de la vision. Dès le milieu des années 1950, il pose les fondements de ce qui deviendra, une décennie plus tard, l’Op Art. Moment capital de l’histoire de l’abstraction, l’art optico-cinétique propose, à partir de processus à la rigueur scientifique, des images instables avec lesquelles la peinture devient un art du temps au moins autant que de l’espace. Parallèlement, il s’attache à développer un vocabulaire formel permettant une multiplicité d’actualisations dans différentes situations, notamment architecturales.

L’œuvre de Vasarely s’inscrit pleinement dans le contexte scientifique, économique et social des années 1960 et 1970. L’exposition, en même temps qu’elle présente un grand nombre d’œuvres, dont certaines jamais vues depuis plus d’un demi-siècle, s’attache à rendre compte de la prégnance de l’art de Vasarely dans la culture populaire de l’époque (mode, design, graphisme, cinéma, télévision…), soulignant sa place cardinale dans l’imaginaire des Trente Glorieuses.

Connaissons-nous vraiment Victor Vasarely ?

Victor Vasarely Belle-Isle-en-Mer 1946 Coll privee Centre Pompidou Exposition Le partage des formes Photo VB
Victor Vasarely Belle-Isle-en-Mer 1946 Coll privee Centre Pompidou ©VB

Même si l’inventeur fort prolifique de l’art optique se cache partout entre les années 60 et 70 – Victor Vasarely fut en effet incontournable dans les secteurs du cinema , de la litterature , de l’architecture ,du design, de la mode  – , la traversée du désert de cet artiste emblématique a duré plusieurs décennies . Aujourd’hui, attendons-nous à son retour posthume triomphal grâce au Centre Pompidou au coeur duquel trône le portrait suspendu de l’ancien président français inscrit dans un hexagone en aluminium recto-verso par …Victor Vasarely , c’est dire l’ancienneté du lien qui existe entre l’un et l’autre. Pas facile de résumer un demi-siècle de création , alors citons deux ou trois choses que nous pouvons relever en déambulant dans les salles consacrées à Vasarely :

Victor Vasarely tombe dans l’abstraction en s’inspirant de ce que la nature offre à son regard , l’illusion d’optique est encore loin : les galets de Belle-Isle-en-Mer , la configuration angulaire du site de Gordes sous le soleil provençal ou encore les effets complexes produits par le crystal . 

Victor Vasarely joue avec nos nerfs en imaginant une série de motifs en noir et blanc à géométrie variable et imbriquée dont une de oeuvres les plus starisées est le modèle récurrent opportuniste du  zèbre . Le motif hypnotique abstrait s’impose en une palette de couleurs déclinée presque à l’infini : un régal pour l’oeil  tant le spectacle est enchanteur et gai. Populaire en somme. 

Victor Vasarely Orion MC 1963 Coll privee Centre Pompidou Exposition le partage des formes PhotoVB
Victor Vasarely Orion MC 1963 Coll privee Centre Pompidou ©VB

Victor Vasarely connaît la poésie des nombres . C’est pour partager ce gout de la mathématique et lui donner un sens interprétable par tous qu’il invente une série de signes à vocation universelle basés sur des formes géométriques simples associées à des couleurs : son alphabet plastique , interessant stratagème propice à la compréhension des probabilités qui régissent la marche de notre monde.

Victor Vasarely a le sens du cosmos : notre regard est confronté à des formes , certes . Il est aussi tributaire de forces cosmiques (Dali en avait une certaine conscience également ) : tout est instable à l’image de notre univers ; observons les tableaux dont le contenu semble se dérober , se déplacer librement . Tout est là pour nous faire douter de notre perception jusqu’au vertige psychedelique. Vasarely maîtrise la pratique de la 3D bien avant l’avènement du digital .

Victor Vasarely bien qu’étant l’immense artiste que l’on connaît , n’est pas dérangé par un égo surdimensionné ; peu lui importe que son travail se décline à l’infini puisqu’ainsi , il le partage avec la planète . La Fondation Vasarely d’Aix-en-Provence ouverte au public en 1976 et présidée par son petit-fils Pierre Vasarely,  en est l’irréfutable preuve.

Fondation Vasarely Aix en Provence Photo VB
Fondation Vasarely Aix en Provence ©VB

Ordonnancement  de l’exposition dans les 7 salles Architecte scénographe : Camille Excoffon

LES AVANT-GARDES EN HÉRITAGE . Formé à Budapest au Mühely (« Atelier») de

Victor Vasarely Assiette Zebras 1977 Coll privee exposition Le partage des formes Centre Pompidou PhotoVB
Victor Vasarely Assiette Zebras 1977 Coll privee exposition Centre Pompidou©VB

Sándor Bortnyik, ancien élève du Bauhaus, Vasarely apprend à adapter le langage du modernisme à la communication commerciale. À son installation à Paris en 1930, il travaille comme graphiste publicitaire. Les « études plastiques» qu’il réalise alors sont marquées par cette conception de la forme efficace et préfigurent les travaux à venir. La série des « Zèbres», entreprise dans les années 1930, annonce ainsi les ondes et vibrations de la période cinétique. Si Vasarely est un héritier de la tradition constructiviste, son art en est aussi une perversion. Renonçant à un usage littéral des formes, Vasarely met en scène, par divers procédés illusionnistes, les pièges de la vision et la métamorphose incessante du monde. Très tôt, cet art rationnel s’annonce également comme un dérèglement maniériste.

GÉOMÉTRIES DU RÉEL. C’est pendant les années de guerre, occupées par des lectures

Victor Vasarely Gordes 1952 Coll privee Paris Exposition Le partage des formes Centre Pompidou PhotoVB
Victor Vasarely Gordes 1952 Coll privee Paris Exposition Centre Pompidou©VB

scientifiques, que s’affirme chez Vasarely une ambition artistique à part entière. À l’origine des trois grands cycles autour desquels s’organise son œuvre au seuil des années 1950, on décèle les structures sous-jacentes du réel, perçu dans ses grands rythmes comme dans ses manifestations les plus dérisoires. La contemplation des galets et des objets roulés dans le flux et le reflux des eaux engendre les formes adoucies qui peuplent les œuvres de la série « Belle-Isle». Les réseaux de craquelures sur les carreaux de céramique d’une station de métro inspirent les contours des plans de couleurs de la série « Denfert». Enfin, dans la série « Cristal-Gordes», lignes brisées et angles aigus transposent les formes cristallines et minérales du village du Luberon perché sur son rocher. Le cristal, aux effets optiques complexes, devient le modèle de sa peinture afin de manifester les troubles et étrangetés de la vision. Ces œuvres offrent ainsi à Vasarely l’occasion de cerner le cœur d’une poétique de l’instabilité et de la mobilité.

ÉNERGIES ABSTRAITES . Au début des années 1950, les séries « Photographismes» et « Naissances» marquent la réduction du langage de Vasarely au noir et blanc. Une des sources de cette évolution est la réversibilité de l’image photographique, positive ou négative. Dans la perspective d’une esthétique simple et logique, dotée d’une grande capacité de transmission de l’information, et dans le contexte de la cybernétique naissante, l’opposition noir/blanc offre un équivalent du langage binaire et oriente le processus créatif du côté de la programmation. Vasarely cherche à traduire les grandes énergies de l’univers. Porté par les ondes, vibrant au contact des particules, le regard traverse des champs d’énergie et des courants magnétiques. Il n’est plus confronté à des formes mais à des forces. Le tableau vibre, clignote, scintille de telle sorte que sa perception ne saurait s’effectuer immédiatement, en un flash, mais dans la durée. Vasarely est en train d’inventer ce que, dans la décennie suivante, on appellera l’op art, l’une des évolutions les plus significatives de l’abstraction géométrique depuis son apparition.

UN ESPÉRANTO VISUEL . À l’orée des années 1960, Vasarely met au point un «

Victor Vasarely Grand Iboya 1970 Coll privee Exposition Le partage des formes Centre Pompidou PhotoVB
Victor Vasarely Grand Iboya 1970 Coll privee Exposition Centre Pompidou ©VB

alphabet plastique» constitué d’un lexique de six formes géométriques simples incrustées dans des carrés de couleur pure. Affirmant « la convergence de toutes les formes créatrices vers une civilisation-culture à l’échelle de la terre», l’artiste offre à la planète mondialisée une langue visuelle et universelle que ses propriétés combinatoires rendent propre à toutes les adaptations pour devenir la source d’un véritable « folklore planétaire ». À partir de 1965, chacune des six couleurs pures de l’alphabet plastique devient réfractable en douze à quinze valeurs chromatiques intermédiaires. Ce nouveau nuancier introduit dans la mosaïque contrastée et papillotante des œuvres issues du premier alphabet des effets de dégradés particulièrement raffinés. Afin de maitriser les très nombreuses possibilités combinatoires de cet alphabet, Vasarely les fait entrer dans un jeu systématique et informatisable de permutations et de progressions. « La complexité devient ainsi simplicité. La création est désormais programmable », écrit-il. Cette abstraction pré-digitale dévoile ainsi sa profonde connivence avec la pensée cybernétique.

POP ABSTRACTION .Ayant défini, avec l’alphabet plastique, un vocabulaire susceptible de

Victor Vasarely Erebus 1982 Coll privee Exposition Le partage des formes Centre Pompidou PhotoVB
Victor Vasarely Erebus 1982 Coll privee Exposition Centre Pompidou ©VB

connaître actualisations et déclinaisons diverses, Vasarely œuvre à la diffusion la plus large de ses formes. Celle-ci emprunte différentes voies et notamment celle du multiple. Sérigraphies, petites sculptures ou encore posters témoignent du désir d’expansion de l’art de Vasarely au-delà du milieu institutionnel. L’immense succès populaire qu’il rencontre dans les années 1960-1970 a sans doute dépassé ses propres espoirs. Ses formes s’affichent alors partout : dans le design et la décoration, les journaux de mode et les vitrines des magasins, sur les couvertures de livres et de magazines, les pochettes de disques et les plateaux de télévision ou de cinéma. La presse s’empare du phénomène: « On vend du Vasarely au mètre dans les grands magasins». Ce à quoi Vasarely répond : « Je ne suis pas pour la propriété privée des créations. Que mon œuvre soit reproduite sur des kilomètres de torchon m’est égal ! Il faut créer un art multipliable. » La culture visuelle de toute une époque s’est emparée sans complexe de ses images, rare exemple d’appropriation sociale du langage d’un artiste.

VERS L’ARCHITECTURE .En 1954, le chantier de la cité universitaire de Caracas offre à Vasarely sa première occasion de concrétiser ses idées sur la façon d’intégrer l’art à la ville, aux côtés de Jean Arp, Alexander Calder ou Fernand Léger. L’ambition d’un art social qui accompagne le développement de l’« alphabet plastique» trouve son débouché logique dans l’utopie d’une « Cité polychrome du bonheur» et, plus concrètement, dans la réalisation de nombreuses intégrations architecturales. Les plus fameuses d’entre elles voient le jour au cours des années 1970 : dans le nouveau bâtiment de la gare Montparnasse à Paris, au siège de la régie Renault, à Boulogne-Billancourt, sur la façade de l’immeuble de la station de radio RTL, à Paris, ou encore dans une salle à manger de la Deutsche Bundesbank à Francfort-sur-le-Main. Mais c’est avec la Fondation portant son nom, à Aix-en-Provence, que Vasarely concrétise l’un de ses projets les plus audacieux. Les nombreuses études réalisées dans les années 1960 et 1970 témoignent de l’importance qu’avait prise pour Vasarely l’utopie de la « Cité polychrome du bonheur», véritable adaptation de son alphabet à l’architecture de masse. Les immeubles étaient bien devenus pour lui, davantage que les cimaises des musées, le lieu du partage de ses formes.

Victor Vasarely et Yvaral Salle à manger du siège social de la Deutsche Bundesbank Frankfurt am Main Exposition Centre Pompidou Photo VB
Victor Vasarely et Yvaral Salle à manger du siège social de la Deutsche Bundesbank Frankfurt am Main 1972 Exposition Partage des formes 2019 Centre Pompidou©VB

RÊVERIES COSMIQUES .Entre science et fiction, le cosmos et ses multiples dimensions offrent le cadre des effervescences formelles du dernier Vasarely. Il s’agit, selon l’artiste, de donner corps aux « mondes qui, jusqu’ici, ont échappé à l’investigation des sens : monde de la biochimie, de l’onde, des champs, de la relativité. » L’imaginaire poético-scientifique de Vasarely se révèle à travers des titres où les mots trouvés au hasard dans des atlas géographiques sont remplacés par des références aux « signaux des mondes», aux « métagalaxies», aux « paysages interstellaires», au « bruit des quasars» et au « battement des pulsars». Ses Polychromies multidimensionnelles altèrent la grille moderniste en y introduisant les illusions d’optique de la perspective axonométrique, qui rendent réversibles le plein et le creux. « Porté par les ondes, je fuis en avant tantôt vers l’atome, tantôt vers les galaxies, en franchissant les champs attractifs ou repoussants». Avec Vasarely, le tableau est tour à tour un vaisseau spatial, une machine à téléporter et un moyen de communication avec les dimensions suprasensibles.

Victor Vasarely Exposition Le Partage des Formes Centre Pompidou fevrier  2019 Photo VB
Victor Vasarely Exposition Le Partage des Formes Centre Pompidou 2019©VB

ACCÈS ET TARIFS      

Centre Pompidou, 75191 Paris cedex 04

+ 33 1 44 78 12 33

Accès : métro Hôtel de Ville et Rambuteau, RER Châtelet-Les-Halles

Horaires : ouvert tous les jours de 11H à 21H, le jeudi jusqu’à 23H, sauf le mardi et le 1er mai

Tarif : 14 €, tarif réduit 11 €

Gratuit pour les moins de 18 ans. Les moins de 26 ans*, les enseignants et les étudiants des écoles d’art, de théâtre, de danse,

de musique ainsi que les membres de la Maison des artistes bénéficient de la gratuité pour la visite du musée et d’un billet tarif réduit pour les expositions. Accès gratuit pour les adhérents du Centre Pompidou.

Billet imprimable à domicile sur centrepompidou.fr

Catalogue de l’exposition Vasarely | Le Partage des formes

Sous la direction de Michel Gauthier et Arnauld Pierre 24 x 28 cm 232 pages broché 39.90€ parution le 31 janvier 2019

Le catalogue comprend trois essais des deux commissaires de l’exposition, Michel Gauthier et Arnauld Pierre et de Jill Gasparina, critique d’art indépendante et spécialiste de l’art et de la mode. Il reprend également la structure de l’exposition avec sept textes correspondant à ses sections.

CENTRE POMPIDOU

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