Le choix Goncourt de la Suisse 2019 à Pauline Delabroy Allard

Pauline Delabroy-Allard Bâle Prix Goncourt de la Suisse 2019 Photo VB

Remise du Prix 2018 par le jury des étudiants du Choix Goncourt de la Suisse à Pauline Delabroy Allard à l’université de Bâle

Choix Goncourt de la Suisse : ” Ça raconte Sarah” couronné 

Pauline Delabroy-Allard  Prix Goncourt de la Suisse 2018 Photo VB
Pauline Delabroy-Allard Prix Goncourt de la Suisse Bâle©VB

A l’occasion de la remise du Prix 2018 par le jury des étudiants du Choix Goncourt de la Suisse, l’Ambassade de France en Suisse en collaboration avec le Séminaire d’études françaises de l’Université de Bâle a convié les membres de l’Alliance Française de Bâle à une lecture-débat suivie d’un apéritif offert par le Consul Général de France à Zurich avec Pauline Delabroy Allard, lauréate 2018 pour son roman « Ça raconte Sarah ».La lauréate du Choix Goncourt de la Suisse a été annoncé le 13 novembre 2018 à la Résidence de France à Berne. Les étudiants des sept Universités et Hautes Écoles participantes ont élu le roman de Pauline Delabroy-Allard “Ça raconte Sarah”, publié aux Éditions de Minuit. Le jury fut constitué de 44 étudiants de six universités et de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich .

Pour cette quatrième édition, les étudiants des universités de Bâle et l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich ont rejoint les Universités de Berne, Fribourg, Neuchâtel, de Zurich et de la Suisse italienne dans cette aventure littéraire. Le jury a choisi Ça raconte Sarah, un premier roman qui met en scène l’amour fou entre une narratrice effacée et le personnage haut en couleur de Sarah. L’écriture, ponctuée par des leitmotiv musicaux et littéraires, traduit l’aspect obsessionnel de cette passion qui saisit la narratrice dont le quotidien était plutôt routinier.

Cette cérémonie concluait un processus engagé dès la publication par l’Académie Goncourt des quinze ouvrages retenus cette année.

Choix Goncourt de la Suisse: l’éclairage de Bernard PIVOT Président de l’Académie Goncourt 

L’idée est née à l’Université de Cracovie. Les étudiants polonais francophones, amoureux de littérature française, séduits par la compétition des prix littéraires, en particulier le Goncourt, lisaient chaque année quelques-uns des romans sélectionnés. Ils confrontaient leurs opinions, ils débattaient comme nous, jurés Goncourt, des mérites des uns et des autres, ils votaient. Pourquoi ne pas rendre publique l’issue de leur scrutin? L’Académie Goncourt accepterait-elle de légitimer « le choix polonais» en lui apportant son aval officiel ?

Gloire aux dix académiciens de la fin du XXe siècle qui ont encouragé les étudiants polonais, bientôt rejoints – cela s’étale sur vingt ans – par les étudiants de Belgique, Bulgarie, Espagne, Italie, Orient (Liban, Egypte, Jordanie, etc.), de Roumanie, Serbie, Slovénie, Tunisie. Et de Suisse !

Robert KOPP Professeur émérite de l’Université de Bâle : du Goncourt au Goncourt de la Suisse

Le Prix Goncourt a été créé dans le but de permettre à quelques écrivains de se consacrer entièrement à leur œuvre, sans devoir se soucier de vendre leurs livres pour vivre. En effet, la situation matérielle de l’homme de lettres, dans la société bourgeoise du XIXe siècle, n’était pas brillante, à moins de s’acoquiner avec le public en alignant des romans feuilletons ou   des vaudevilles. Rares étaient les rentiers, comme les Goncourt, qui avaient hérité quelques terres leur assurant un revenu de chef de bureau dans un ministère.

Les deux frères eurent donc l’idée de créer une Société littéraire pour mettre à l’abri du besoin ses dix membres, à charge pour eux de  couronner  chaque  année une œuvre en prose. Chacun des académiciens devait disposer d’une rente à vie de 6’000 francs or, le lauréat du prix recevait 5’000 francs. Déclarée d’utilité publique, l’Académie était tenue de placer son capital en bons du Trésor. La chute des taux d’intérêt et le passage du franc Germinal au franc Poincaré – une dévaluation de 80 % – ont fini par la ruiner.

Ainsi les académiciens n’ont d’autre choix que de remplacer leur rente par des droits d’auteur. Très vite, le prix est devenu l’enjeu d’une compétition entre éditeurs et écrivains. Les archives de l’Académie, conservées à Nancy, gardent les traces de leurs intrigues.

cf ” Un siècle de Goncourt ”  (Gallimard, 2012) Robert Kopp Extraits 

 “Aujourd’hui, la raison d’être des prix littéraires, en particulier du prix Goncourt, est […] de porter pour quelques jours la littérature au premier plan d’une actualité faite le reste du temps de politique, de cinéma et de sport ».

Affirmation qui rend vaines les discussions autour des prix attribués à des ouvrages vite tombés dans l’oubli et des chefs-d’œuvre  non  couronnés.  Encore  que le palmarès du Goncourt soit loin d’être déshonorant. On y trouve Proust, Malraux, Gracq (en dépit de son refus), Romain Gary (deux fois), Patrick Chamoiseau, Marguerite Duras, Michel Houellebecq et bien d’autres. Le Goncourt est donc indiscutablement une machine à faire lire.

Être au service de la librairie et donc de la lecture, l’Académie Goncourt l’est toujours plus. Au cours des vingt dernières années, elle a multiplié ses prix afin d’attirer l’attention sur des biographies, des premiers romans, des nouvelles, des recueils de poésies même. Elle a diversifié ses publics par le Goncourt des lycéens, qui fait autant parler de lui que le prix lui-même. Elle s’est mise au service de la francophonie, en créant des prix en Pologne, en Tunisie, en Espagne, en Italie, en Bulgarie, en Slovénie, en Serbie. Et en Suisse

Lorsque, avec Pierre Assouline, Robert Kopp a présenté ce projet à René Roudaut, alors Ambassadeur de France en Suisse, la réaction fut immédiate et enthousiaste. Les universités de Fribourg, de Neuchâtel et du Tessin avaient immédiatement compris le parti qu’elles pouvaient tirer d’un choix suisse du Goncourt. Berne et Zurich ont suivi et Bâle a rejoint le peloton. Il s’agit de s’immerger dans le flux de la production d’aujourd’hui, dans ce qu’elle a de meilleur et dans ce qu’elle a d’aléatoire. Il ne suffit pas de faire lire Montaigne, Pascal, Balzac, Proust et Camus. Les classiques, un jour, ont été des modernes. Il existe une vie littéraire française et francophone. Quel que soit le jugement que l’on peut porter sur elle, l’essentiel est de  la connaître et de la faire connaître. La postérité fera le tri. Mais pour nous, tous les moyens sont bons de promouvoir le plaisir de la lecture et l’amour des livres.

Ça raconte Pauline Delabroy-Allard 

Avant de recevoir le Goncourt de la Suisse , Pauline Delabroy Allard avait déja obtenu le prix France Culture-Télérama , le prix des libraires de Nancy / Le Point et est sélectionné dans la deuxième sélection du Goncourt ainsi que pour le prix Goncourt des lycéens , elle est lauréate du prix Liste Goncourt , le choix polonais puis du prix Liste Goncourt , le choix de la Roumanie. Le 20 novembre, elle remporte le prix du Style. De quoi se pröparer à un agenda des plus chargés. Mais , au début, personne ne devait lire Ça raconte Sarah. Pauline Delabroy-Allard a écrit ce livre pour elle – seule avant de décider finalement d’inonder les éditeurs . Ce sont les éditions de Minuit qui accepteront le manuscrit . Pauline tient  scrupuleusement son journal qui ne lui a absolument pas servi à noircir les pages de son roman car il est vraiment trop ennuyeux selon elle. Une histoire d’amour passionnelle entre deux jeunes femmes d’aujourd’hui , de l’étincelle du craquement de l’allumette à la consumation finale , l’inspiration en est purement romanesque et les lignes d’une telle précision habillées de phrases courtes et simples,  qu’elles pourraient facilement faire l’objet d’un scénario.

Pauline Delabroy-Allard , née en 1988, est la fille de l’ écrivain Jean Delabroy. Après avoir fait des études de lettres classiques elle devient libraire, ouvreuse dans un cinéma puis documentaliste à 23 ans dans un lycée. Elle est aussi la mère d’une fille de 8 ans qu’elle élève seule . En 2013, elle co-écrit un premier livre avec la journaliste Kim Hullot-Guiot, La littérature expliquée aux matheux. Elle participe également à la revue en ligne En attendant Nadeau. Pour ses 30 ans , Ça raconte Sarah est publié avec le succès que l’on connait . 

Ambassade de France en Suisse

Carine Delplanque attachée culturelle de l'Ambassade de France en Suisse Photo VB
Carine Delplanque attachée culturelle de l’Ambassade de France en Suisse©VB
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