r7al Rencontres cinéma Lausanne 2019 Jours de fête

Deuxièmes r7al Rencontres du Cinema de Lausanne Ouverture 7 mars 2019 Photo VB

 Rencontres du 7ème Art de Lausanne 2019 : Vincent Perez réunit pour la seconde fois ceux qui aiment et ceux qui font le cinéma 

Premier jour : cérémonie d’ouverture au  Capitole en présence des invités, partenaires et officiels, et  également de  Monsieur le Conseiller Fédéral Alain Berset, chef du Département Fédéral de l’Intérieur, et Monsieur Grégoire Junod, syndic de la Ville de Lausanne. 

Golshiftey Faharani Vincent Perez Rencontres du 7ème Art Lausanne 2019 Ouverture Photo VB
Golshiftey Faharani Vincent Perez Rencontres du 7ème Art Lausanne 2019 ©VB

Honneur aux femmes , c’est l’actrice et chanteuse iranienne Golshiftey Faharani révélée par le film de Marjane Satrapi Poulet aux Prunes sorti en 2011 , qui lance cette deuxième édition des rencontres du cinéma de Lausanne, entourée des autres invités Bruno Delbonnel , directeur de la photo chez Jean-Pierre Jeunet, Tim Burton et Joel et Ethan Coen ,  Andrei Zviaguintsev cineaste russe référent reconnu notamment pour Leviathan,  Jean-Jacques Annaud realisateur d’immenses succès comme l’Ours ou Le Nom de la Rose,  Paul Auster auteur américain génial et realisateur de Smoke , Brooklyn Boogie ou Lulu on the Bridge , Joel Coen sans Ethan mais avec  leur dernière production La Ballade de Buster Scruggs , enfin Jeremy Thomas , producteur heureux de Bertolucci, Stefen Frears, Cronenberg , Wim Wenders …

Alain Berset Conseiller Fédéral Rencontres Cinema Lausanne  r7al 2019©VB
Alain Berset Conseiller Fédéral r7al 2019©VB

Monsieur le conseiller fédéral Berset , invité également à présenter les r7al 2019 , a fait preuve de  beaucoup d’humour , je me suis d’ailleurs empressée de le féliciter de rompre avec la sacro-sainte ennuyeuse sèriosité des discours inauguratifs et autres poncifs célébratifs dont on nous abreuve hélas régulièrement . En substance :  “ j’ai beaucoup de respect et d’amitié  pour mon predecesseur Pascal Couchepin . Je ne peux pas en dire autant d’un autre Couchepin , je veux parler d’un certain Aloïse Couchepin qui n’a eu de cesse de ternir l’image de la Suisse et des suisses tandis que nous nous efforçons nous autres responsables élus  du rayonnement de notre pays à marcher dans la direction inverse avec tout le sèrieux que cela réclame “. Et Monsieur le Conseiller  Fédéral d’expliquer ( longuement ) comment Aloïse Couchepin alias Vincent Perez  , dans le film de la réalisatrice – genevoise – Léa Frazer  Bienvenue en Suisse , démolit l’image de la bonne Helvétie à coups d’interprétations gagesques des petites manies des uns et des autres . Que personne ne s’y trompe car Monsieur Alain Berset plaisante naturellement ! Il cherchait  simplement une accroche pour introduire un discours au centre duquel devait se trouver le créateur des rencontres de cinéma de Lausanne : Vincent Perez . Nous l’avons tous écouté en pouffant discrètement tout en conservant tout de même un léger doute sur la part du lard et du cochon nichée dans cette longue et brillante diatribe contre les empêcheurs d’aimer la Suisse – voyez ce film et aussi Les Faiseurs de Suisses (Die Schweizermacher) autre comédie satirique ( suisse ) sortie en 1978 – ! 

Note : les parisiens ont été si reconnaissants à leur préfet , Monsieur Eugène Poubelle qui imposa en 1884 , de fournir à chaque famille un récipient pour y verser les ordures ménagères , qu’ils donnèrent à celui-ci le nom de leur inventeur : sacré hommage ! Quelle vexation d’assister à la tirade évoquant les français qui n’ont pas de poubelle et en sont donc réduits à tout jeter parterre -voir l’échange Podalydes/ Devos dans Bienvenue en Suisse – Je plaisante naturellement car nous avions tous ri de bon coeur , de concert avec les amis suisses à la sortie du film en 2004.

Déambulation non exhaustive au coeur de notre patrimoine cinématographique : passé , présent , à venir 

Projeté ce premier jour , Belle de jour de Luis Bunuel

Catherine Deneuve , lasse de traîner son ennui dans les dédales de sa grande maison trouve le remède .  La jolie bourgeoise se déniaisera par procuration – Belle de jour ou les fantasmes de Madame sont avancés , voici un joli titre pour  un Vaudeville , mais  nous sommes chez Bunuel , ( voir Tristana en 1970 aussi typique de l’univers plutôt sombre de Bunuel  ) . On y apprend aussi des choses pratiques . Ainsi , le champagne au-dessus de 8° , c’est de la tisane , indication servie gracieusement par un Michel Piccoli impeccable . Sinon, il m’est venu  en tête au visionnage du film , une chanson de l’ami Baschung . Madame rêve – , de formes oblongues et de totems qui la punissent … d‘un amour qui la flingue – la BO parfaite pour Belle de Jour , n’est-ce pas ?  Et quelle joie de revoir Françoise Fabian la magnifique en prostituée docile – la bonne copine prendra du galon plus tard en interprétant Madame Claude d’un certain … Just Jaeckin  , monsieur Emmanuelle à tout jamais -. Pour honorer Bunuel , l’autre pourfendeur du monde bien-pensant conventionnel bourgeois au cinéma , avant Chabrol , un Chien Andalou fut également projeté le vendredi .

Rossy de Palma r7al Rencontres Cinema Lausanne 2019 Photo VB
Rossy de Palma r7al 2019©VB

C’est Rossy de Palma qui présente Belle de Jour avec toute l’admiration et l’enthousiasme qu’elle porte au film et à son compatriote d’auteur , Luis Bunuel ; Rossy , soucieuse de ne pas spolier l’oeuvre, ne nous révèlera pas le contenu de la boite à musique du client asiatique chez Madame Anaïs . Moi , non plus , n’insistez pas ! Interrogée sur ses activités , Rossy cite le film Toc Toc , adaptation filmique de la pièce de Laurent Baffie en Espagne sortie chez Netflix en mai 2018 , et Madame d’Amanda Sthers pour qui elle avait interprété le rôle de Maria aux côtés de Toni Colette ; en 2018 , Rossy de Palma ( de Majorque ) était également au générique de la maudite folie du tenace Terry Gilliam , L’Homme qui tua Don Quichotte. En 2019 , Rossy de Palma confie au public qu’elle aura l’immense plaisir de rejoindre le “Fashion Freak Show” de  son ami Jean Paul Gaultier aux Folies Bergères . On attend tout de même impatiemment son retour chez Almodovar!

Bonne nouvelle : le Western revient à la mode … Coen 

Joel Coen r7al rencontres Cinema Lausanne 2019 Photo VB
Joel Coen r7al 2019©VB

Bien que Jacques Audiard ait lui-même avec le succès que l’on connaît, cédé aux sirènes du Grand Ouest américain avec ses Frère Sisters , autant le dire : proposer un western à sketchs en 2019 , est très proche du défi consistant à un retour au cinéma muet, et pourtant … Quel plaisir ! En  guise d’ouverture des journées , Vincent Perez a choisi d’offrir au public le dernier film de Joel et Ethan Coen, la Ballade de Buster Scruggs ,  projeté pour la première fois en Suisse . Joel Coen et don directeur de la photo , le français Bruno Delbonnel , ont présenté le film . Le dernier opus des frères Coen conte les mésaventures du Farwest où toute tentative de rester en vie est vaine : à la fin , tu meurs , point ! Le tireur d’élite , genre Lucky Luke mais en moins gentil, sera tué , le voleur sera pendu , la jeune femme ne se mariera pas pour cause de … décès  , enfin , la diligence ballade un gars moribond et le pov’ mec- tronc finira à la baille. Seul restera le chercheur d’or joué par l’excellent Tom Waits , je vous laisse la surprise . La ballade de Buster Scruggs ou variations sur le thème Tout ça pour ça , est une nouvelle  prouesse des Coen , celle de rendre la fable fut-elle cruelle , drôle et plutôt attachante . Nous sommes servis ! Jubilation assurée par le jeu du génial Tim Blake Nelson , poète chanteur assassin joyeux de son état , dont la tessiture vocale semble échappée d’un polar américain des années 40 . Ou du non moins fantastique Tom Waits , chercheur d’or récompensé pour son obstination méthodique qu’on adore voir évoluer au gré des trous de taupe qu’il pratique dans une nature sauvage carrément merveilleuse . Juste pour vous rappeler qui sont les frères Coen , dieux des imbéciles heureux au cinéma . Joel et Ethan , des récompenses à la pelle : la palme d’or à Cannes pour Barton Fink en 1991, oscarisés pour Fargo et No Country for Old Men 2007 ( 4 fois ), sans oublier l’excellent Burn After Reading 2008  mais aussi The big Lebowski 1998, O’Brother 2000, Ladykillers 2004 , Ave Cesar 2016…

 

Soleil vert et le cinéma d’anticipation : sommes-nous à l’aube du règne anthropophage ? 

Jennifer Murzeau Rencontres Cinema Lausanne 2019 ©VB
Jennifer Murzeau r7al 2019 ©VB

J’ai vu le Soleil Vert de Richard Fleischer à sa sortie en 1974 . A l’époque , ce film de science-fiction-catastrophe , m’avait certes impressionnée mais l’avantage de revisionner  un film plus de 40 ans après sa sortie ( aïe , ça fait mal ! ) , c’est la découverte – merci Vincent Perez-  . Alors que je ne me souvenais que du champs de fleurs projeté  par des mecs tout propres en blouse blanche à l’infortuné Edward G.Robinson en guise de cadeau d’adieu , deux ou trois choses essentielles m’avaient échappé : l’inquiètant réalisme prémonitoire du scénario . New-York 2022 – aujourd’hui donc – , une ville plongée dans le noir foncé qui compte 40 millions d’habitants dont 20 millions de chômeurs ne trouvant ni de quoi se loger ni de quoi se nourrir et transpirant à grosses gouttes pour cause de réchauffement climatique . Oui , ce dont on nous parle presque chaque jour sans que nous y prenions  vraiment garde persuadés que seuls sont concernés les ours blancs de la banquise . En prologue au film , Richard Fleisher , soucieux de nous convaincre de l’adage ” c’était mieux avant “ ou qu’avons-nous fait du bonheur nous autres humains ?  propose un clip édifiant sur la marche vers le désastre . Au secours , les freins ont lâchés ! Impossible de retourner au temps des calèches , qui était aussi celui du temps de la peste ceci-dit . Un autre élément du film que je n’avais pas relevé à l’époque est celui de la situation des femmes reléguées au rang de mobilier en location pour riches . Heureusement , il semble ici que Fleischer ait été moins visionnaire , les femmes d’aujourd’hui n’ont peur de rien , demandez donc à Golshiftey Faharani ou Agnès Jaoui .

Pour étayer la thématique du Soleil Vert et lier celle-ci aux dérives de notre époque , l’auteure Jennifer Murzeau est invitée aux conversations des rencontres . Elle a publié trois romans . Dans La désobéissante (2017, Robert Laffont), l’écrivaine imagine le Paris de 2050 , un miroir du New-York apocalyptique de Fleischer . Nous creusons notre propre sillon mortuaire par inertie car , nous le rappelle Jennifer Murzeau , nous sommes avertis depuis fort longtemps des risques que nous faisons courir à notre planète . En effet , le premier Jour de la Terre se tient aux Etats-Unis le 22 avril 1970 , un groupe de scientifiques américains lance par ailleurs une alerte  sur l’état des ressources naturelles dans le monde dès 1972. Autant dire que nous étions prévenus ! Comme il en est question dans soleil vert , la question cruciale est celle de la surpopulation : devoir nourrir plus de 7 milliards d’individus justifie-t-il l’exploitation galopante des sols et des océans? Peut-être faut-il revenir à une politique malthusienne pour enrayer la chaîne augmentation de la population /de la production / de la consommation / de la pollution , un emballement sur lequel sont assis les systèmes de domination capitaliste , les hommes entre eux , l’homme sur la nature , l’homme sur la femme . Pour l’heure le bilan planète est désastreux . Jennifer Murzeau de citer le milliard de terres fertiles volatilisé , la montée des températures , les incendies géants , le déclin du règne animal, la mort des océans . Mais l’auteure  nous enjoint à rester optimiste car la prise de conscience est en route , nous  renouons progressivement le lien entre les humains et la nature , il faut croire en la puissance de l’émerveillement et en la persistance de notre libre-arbitre. ( cf The Voice of the Earth 1995 de Theodore Roszak ).

Pour info et savoir où nous en sommes : Statistique Source : World Scientists’ Warning to Humanity: A Second Notice William J. Ripple & al. (15,364 scientist signatories from 184 countries BioScienceDecember 2017

Statistique Source : World Scientists' Warning to Humanity: A Second Notice William J. Ripple & al. (15,364 scientist signatories from 184 countries BioScienceDecember 2017

Rencontres du 7ème Art de Lausanne 2019

Print Friendly, PDF & Email
[DISPLAY_ULTIMATE_SOCIAL_ICONS]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton back to top