Rebecca Horn au Musée Tinguely

Rebecca Horn El rio de la Luna 1992 Musee Tinguely Photo VB

REBECCA HORN. Fantasmagories corporelles Du 5 juin  au 22 septembre 2019 Musée Tinguely

Rebecca Horn American Waltz 1990 Musee Tinguely Photo VB
Rebecca Horn American Waltz 1990 Musee Tinguely©VB

 

« Tout est imbriqué. Je commence toujours par une idée, une histoire qui évolue vers un texte, puis du texte viennent des croquis, ensuite un film, et de tout cela naissent les sculptures et les installations ». RH

Le Centre Pompidou-Metz et le Musée Tinguely de Bâle font résonner de façon concomitante, à partir de juin 2019 deux expositions consacrées à Rebecca Horn.  Théâtre des métamorphoses à Metz explore les processus de métamorphose.  À Bâle, les Fantasmagories corporelles associent les premières réalisations performatives et les sculptures cinétiques plus tardives.

A Metz : Première exposition d’envergure en France, Rebecca Horn, Théâtre des Métamorphoses au Centre Pompidou-Metz suit les processus à l’œuvre dans la recherche de Rebecca Horn au cours de cinq décennies de création guidées par  les thèmes légués par la mythologie et les contes fondateurs de nombreux courants de l’histoire de l’art . Par ailleurs , les films de Rebecca Horn évoquent les récits d’auteurs tels que Samuel Beckett, Luis Buñuel ou Buster Keaton.  L’artiste insuffle à son œuvre une vitalité libératrice, une poésie et un humour qui désamorcent une profonde mélancolie, une conscience assombrie de l’Histoire et de ses répétitions. Commissaires : Emma Lavigne, directrice et Alexandra Müller, chargée de recherches et d’exposition, Centre Pompidou-Metz.

 

A Bâle : l’exposition Fantasmagories Corporelles propose un ballet loufoque et brinquebalant , celui de Rebecca Horn, décidée à placer la machine au service de l’humain à moins que ce ne soit l’inverse, une danse qui n’a rien de macabre dans laquelle les objets ont une vie autonome qui leur confère un rôle étrangement comique et familier . Pourtant , l’oeuvre mise en scène suggère souvent un enfermement opressant bien qu’ adouci par la notion de protection et l’impression sensuelle qui se dégage de la chose pas tout à fait dévoilée . Ainsi , les plumes noires du cygne enveloppent de leur immortalité celui ou celle qui se glisse à l’intèrieur . De l’ambivalence des choses : l’éventail du paon blanc –Pfauenmaschine 1981-paradant actionné par une mécanique est de toute beauté ; sauf  que , acteur du second film de Horn , La Ferdinanda , il devient l’instrument de recherches médicales menées par un médecin plutôt douteux . Moralité :  méfiez-vous de votre propre émerveillement. Comme Rebecca Horn s’interesse aussi à l’alchimie , plusieurs installations sont  affublées de cornues remplies de liquides colorés et autres éprouvettes graduées qui donnent une impression globale vaguement scientifique.

Rebecca Horn Die Pfauenmaschine 1981 Musee Tinguely Photo VB
Rebecca Horn Die Pfauenmaschine 1981 Musee Tinguely©VB

 

Rebecca Horn rêve d’Icare

Rebecca Horn Handschuhfinger 1972 Musee Tinguely Photo VB
Rebecca Horn Handschuhfinger 1972 Musee Tinguely©VB

Tout s’explique : la souffrance et l’immobilisme forcé sont souvent source de création – prérequis avoir une âme d’artiste – . Ainsi , à l’instar de Frida Khalo longtemps immobilisée après ce très grave accident de bus survenu dans sa jeunesse , ou encore davantage de Niki de Saint Phalle finalement emportée par suite d’empoisonnement durable aux produits chimiques qu’elle utilisait .Que faire de cette misère sinon inventer , créér de l’art ? Rebecca Horn , qui manie aussi la poésie , cherche à s’extraire d’elle-même . Comment ? Nous pourrions singer les papillons ou les oiseaux . Mais attention , le papillon meurt à la tombée du jour , il n’y peut rien – voir la valise – Fluchtkoffer 2013- peut-être une allégorie du mythe de Sisyphe : recommencer toujours,  la punition des Dieux , une autre façon d’accepter l’absurdité de notre monde . Et les ailes ne font pas l’oiseau, voyez Birdy ( film d’Alan Parker 1984) ; mais  les ailes de Rebecca Horn – Körperfächer 1972-n’ont pas vocation de propulsion , elles ne sont que pur onirisme . Sinon, on peut s’inventer des extensions hors-soi : de longues pinces fines – Handschuhfingers 1979 – qui auraient bien pu inspirer Tim Burton et son Edouard aux mains d’argent . 

L’art ne servirait qu’à travestir ou traduire nos émotions nos sentiments nos ressentiments notre désespoir d’humain sans suite .

Le corps humain est un lieu d’échange(s) : circulez , tout est à voir ! 

Rebecca Horn installe sa propre représentation de la circulation sanguine , une sorte d’hydre menaçante répandue au sol dans laquelle on s’empêtre , qui a la faculté de se régénérer au passage de blocs de verre , sept Herzkammern au total , reliés par des tuyaux de plomb, contenant des flaques de mercure . Tout cela est hautement symbolique : le mercure est un élément-clé dans l’oeuvre de Rebecca Horn, il est cette lumière lunaire liquide, substance transformative par excellence pour les alchimistes et vaut pour l’artiste flux de forces magnétiques . Dans El Rio de la Luna 1992, Horn exprime sa conception des flux d’énergie qui se jouent des limites spacio-temporelles . Le concept d’énergie n’a rien à faire ici avec une force ou une puissance quelconque . Il s’agit d’une référence aux relations interpersonnelles, les sentiments de passion et de douleur qui s’y rattachent.

Dessines-moi un sentiment !

Les machines inventées par Rebecca Horn savent tout faire : figurer la circulation des flux humains , jouer du violon , faire faire des claquettes à des escarpins bleus, animer des machines à écrire en rythme …mais surtout , les machines de Rebecca Horn savent mieux que personne – ou plutôt mieux que beaucoup d’entre les humains- exprimer émotions et passions. Parce qu’elles sont vivantes peut-être . Par exemple , Les Amants 1991 , une impressionnante dégoulinade noire à la Polllock  du plus bel effet réalisée de main de maître par une machine à double entrée rouge et noire , l’amour ça va ça vient , flux et reflux . La Lune Rebelle 1991, une série de machines à écrire suspendues au plafond évoque ironiquement un attribut classiquement féminin ; on rit jaune à défaut de rire vert au vu du Bleistiftmaske 1973 . 

Rebecca Horn Les Amants 1991 Musee Tinguely Photo VB
Rebecca Horn Les Amants 1991 Musee Tinguely©VB

REBECCA HORN MUSEE TINGUELY PROGRAMME D’ACCOMPAGNEMENT

Rebecca Horn : biographie 

Rebecca Horn Der Sonnenseufzer 2006 Musee Tinguely Photo VB
Rebecca Horn Der Sonnenseufzer 2006 Musee Tinguely©VB

Rebecca Horn naît le 24 mars 1944 à Michelstadt . Sa famille  dirige depuis des générations une usine de textile, dans laquelle, pensionnaire pendant sa jeunesse, elle est destinée à travailler. Espérant secrètement devenir artiste, elle débute des études de philosophie et d’arts plastiques à l’Académie des Beaux-Arts de Hambourg à l’insu de ses parents. 

En 1967, l’étudiante commence à mouler des empreintes de son corps en polyester et fibre de verre, sans être consciente des vapeurs dangereuses que de tels matériaux dégagent. La grave intoxication pulmonaire qu’elle contracte par la suite la contraint à une convalescence de sept mois dans un sanatorium , une épreuve initiatique pour l’artiste. Elle travaille désormais des matèriaux plus légers et naturels tels que le coton, le feutre, les bandages, les plumes. Les sculptures corporelles qu’elle crée alors (corsets, gants, coiffes, masques) rappellent l’esthétique des prothèses du XIXe siècle

Le film Einhorn (« Licorne », 1970) annonce un changement de paradigme.  Le bestiaire d’objets et d’êtres hybrides qui peuple dès lors l’univers de Rebecca Horn relie son œuvre au romantisme et plus encore au dadaïsme et au surréalisme.

En 1972 son œuvre acquiert une première reconnaissance internationale grâce à sa participation à la documenta 5 ; elle partage alors sa vie entre New York et Berlin . À partir de 1974, elle enseigne également comme professeur invitée au California Art Institute de San Diego.

Le cinéma joue depuis le début un rôle central dans la démarche de Rebecca Horn. C’est ainsi tout naturellement que les performances filmées des premières années sont suivies en 1978 d’un premier long métrage, Der EintänzerLe Danseur »). Son atelier new-yorkais  est transformé en une école de danse abondamment équipée de miroirs où les objets animés  tiennent le rôle d’acteurs .Toute une série « d’accessoires » marquants du film (une table, un œuf d’autruche, une roue en plumes de paon) évolue en objet d’art autonome pour être intégrée par la suite dans les expositions de l’artiste. Ce « réemploi » inaugure un répertoire de formes et de matériaux qui réapparaissent de manière récurrente dans les années à venir.

En 1981  sort son deuxième long-métrage, La Ferdinanda – Sonate pour une villa Medici, qui rassemble des personnages extravagants et solitaires dans le décor d’une villa toscane . Y apparaissent certains objets emblématiques tels que Pfauenmaschine (« Machine de paon », 1981). À partir du milieu des années 1980, l’œuvre de Rebecca Horn est de plus en plus souvent en prise avec l’histoire allemande et des questions sociétales. 

Les années 2000 signent le retour en force du dessin dans l’œuvre de Rebecca Horn. La taille de ses « Bodylandscapes» (« Paysages corporels») est déterminée par la hauteur du corps de l’artiste, bras levés. Depuis 1989, Rebecca Horn vit et travaille à Bad König, dans l’Odenwald. L’ancienne usine textile familiale a été transformée en atelier spacieux, lui permettant la conception et la réalisation d’œuvres de grande envergure. L’artiste détient, également depuis 1989, la chaire de professeur d’arts multimédias de l’Académie des Beaux-Arts de Berlin.

L’œuvre de Rebecca Horn est exposée dans de nombreuses institutions tels le Museum of Contemporary Art de Tokyo, la Neue Nationalgalerie de Berlin, la Tate Gallery et la Serpentine Gallery de Londres, le Solomon R. Guggenheim Museum de New York ou encore le Museum of Contemporary Art de Los Angeles. Son travail a remporté de multiples distinctions dont le Prix Carnegie (1988), le Goslarer Kaiserring (1992), le Prix Alexej-von- Jawlensky de la ville de Wiesbaden (2007), le Praemium Imperiale (2010), la Grande Médaille des Arts Plastiques de l’Académie d’Architecture de Paris (2011) et le Prix Lehmbruck (2017).

Sandra Beate Reimann commissaire de l'exposition Rebecca Horn  Photo VB
Sandra Beate Reimann commissaire de l’exposition Rebecca Horn ©VB
Rebecca Horn Zen der Eule Musee Tinguely  Photo VB
Rebecca Horn Zen der Eule Musee Tinguely ©VB
Roland Wetzel Directeur Musee Tinguely Basel Photo VB
Roland Wetzel Directeur Musee Tinguely Basel©VB

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