Catherine Dreyfus

dimanche 14 septembre 2014 par

Catherine Dreyfus , présidente de l’Alliance Française de Bâle de 1996 à 2014

Sous son égide , durant 18 années , plus de 200 conférenciers sont venus rencontrer les francophones  de Bâle  qui ont  par ailleurs bénéficié de nombreuses visites guidées en français  des expositions dans la région bâloise  grâce  entre autres à Catherine Koenig , historienne d’art ou a Yves Guignard . Les membres de l’Alliance française peuvent participer à des cours de théâtre , de conversation française , de dessin , d’Egyptologie, sans oublier les  ateliers de cuisine chez Philippe Bamas au restaurant Sonne à Bottmingen.

Catherine Dreyfus a confié cette année les rênes de l’Alliance Française de Bâle à Dominique de Rougemont . C’est le moment ideal pour dresser le portrait de cette femme de culture grâce à qui les français et les amoureux de la langue française de Bâle ont de multiples occasions de se retrouver .

” Rien n’aurait pu être plus cher à mon cœur que la mission qui a été la mienne à la tête de l’Alliance Française de Bâle: promouvoir la langue et la culture française”Catherine Dreyfus

Entretien avec Catherine Dreyfus ( 30/06/2014)

VB :bonjour Catherine ,vous êtes née à New-York; quel itinéraire vous a menée jusqu’à Bâle?

CD : mon père vivait à Bâle et  je  n’y suis longtemps venue que pour passer mes vacances et séjourner chez ma  grand-mère . Mais c’est avec ma mère – originaire d’Alexandrie – que j’ai passé le plus clair de mes années à Paris ( j’y suis restée 40 ans ! ) où j’ai fait mes études  tout en rendant des visites très régulières à mon père à Bâle , plus exactement à Bruderholz puis à Binningen.

VB : à Paris , vous avez suivi les cours de l’Université Paris-Sorbonne ?

CD : oui ,  après Sciences Po , je suis entrée à la Sorbonne pour y entamer des études de sociologie  mais ma vraie passion , c’était le journalisme  et c’est ce que j’ai fait durant 15 années. Je suis entrée au service Info de l’Express, j’y écrivais les revues de presse pour les autres journalistes, ensuite j’ai fourni de petites brèves . C’est à ce moment que Françoise Giroud ( fondatrice de la revue ) m’a suggéré de peaufiner ma formation en retournant à  l’Ecole du journalisme, conseil que je n’ai pas suivi préférant la pratique. J’ai tout de même écrit mon premier papier  avec la trouille au ventre car j’étais à cette époque d’une timidité maladive , et pourtant il ne s’agissait que d’interviewer l’attaché de presse du directeur de l’EDF ! Un psychologue avait même suggéré à ma mère de me convaincre de choisir une profession ne demandant pas trop de contact.

VB :  conseil apparemment  mal avisé puisque vous avez persisté  dans le journalisme .

CD : oui , après l’Express , je suis entrée au Nouvel Obs sous la houlette de Jean Daniel , j’avais 24 ans , mais je n’ai d’abord fait que du rewriting dans l’équipe de Serge Lafaurie, un ” grand Monsieur ” , hélas disparu il y a quelques mois. C’est un congé sans solde pour un stage de six mois à la revue Fortune de New-York ( comme enquêtrice ) qui m’a permis en parallèle de publier pour la première fois sous mon nom ( toujours au Nouvel Obs , auquel j’en profitais pour envoyer quelques articles sur la riche actualité américaine de l’époque).A mon retour à Paris ,  Olivier Todd m’a rapidement  envoyée  couvrir  un festival à Cannes ; on peut dire qu’il m’a appris à écrire , j’ai du recommencer 15 fois mon article ! Finalement ,  cela m’a confortée dans la détermination de devenir vraiment  journaliste  et d’amasser  quelques souvenirs journalistiques mémorables comme l’interview du chancelier Willy Brandt et la rencontre avec  Raymond Barre .Finalement, Je suis restée 10 ans au Nouvel Obs.

VB : à côté du journalisme , d’autres passions vous animent

CD : oui , aprüs l’Express , je suis entrée au Nouvel Obs sous la houlette de Jean Daniel, j’avais 24 ans,l’art m’a toujours beaucoup intéressée , pratiquement génétiquement car je viens d’une famille de collectionneurs et puis j’ai eu aussi beaucoup de chance : je connais par exemple très bien Pierre Soulages  car nous habitions le même immeuble à Paris près de la place Maubert , du coup , j’ai pu l’inviter deux fois à venir parler de son travail à Bâle. Je me suis investie dans des sujets d’ordre sociologique ,  dès le Nouvel Obs où j’abordais des thèmes de société comme l’environnement dans la rubrique ” Notre époque” .

VB : l’écologie a été un temps votre cheval de bataille

CD : oui , j’ai d’ailleurs publié en collaboration avec Jean-Paul Pigeat “les maladies de l’environnement , la France en saccage ” , en 1970 , c’était un des premiers livres sur le sujet; j’ai continué à écrire sur des thèmes davantage liés à la psychologie et ai publié , toujours avec Jean-Paul Pigeat un ouvrage sur une des formes de la psychologie  moderne , ” les Groupes de rencontre ( thérapies de groupe )”, c’était en 1978 . J’ai ensuite quitté le Nouvel Obs pour devenir rédactrice en chef de la revue ” Mieux être ” où je suis restée 2/3 ans. J’ai ensuite fait quelques reportages pour  les après-midi de TF1. Je me suis attelée également à la traduction du livre de  Joyce Carol Oates Le Rendez-vous , et de l’autobiographie de Shirley Temple Black, Enfant star (Laffont, 1991) ,mais  la traduction n’était pas mon fort .

VB : quittons Paris pour Bâle

CD : oui , j’ai posé définitivement  posé mes valises à Bâle  il y a 25 ans lorsque j’ai épousé Bernard Soguel, un suisse Romand qui m’a bien sur aider à apprécier ma ville d’adoption , où je dois avouer , les deux premières années après Paris, avaient été un vrai choc culturel ( j’adore la ville aujourd’hui). mais c’est surtout avec l’Alliance Française que j’ai pu prendre la mesure de l’intérêt de Bâle.Au début, rien n’était évident, l’Alliance Française existait depuis 6 ans mais  n’avait guère de programme: elle avait été crééé à l’instigation de Robert Kopp ( Président de la Société d’Etudes Françaises de Bâle ), avec la seule vocation de donner des cours de français , mais n’avait pas reussi à trouver d’élèves et son président était parti prendre sa retraite  de l’UBS dans le Valais. Il y avait déja beaucoup d’associations francophones dans la région et il fallait donc trouver une nouvelle “niche” . J’ai donc voulu développer les activités de l’Alliance Française de Bâle de façon dynamique et éclectique, sans faire de l’ombre aux autres, et là , mon expérience de 20 ans dans le journalisme parisien m’a indiscutablement aidée ; nous avons exploré toutes les facettes de la culture française , si riche : la langue évidemment , mais aussi , la littérature , l’histoire , la mode , la gastronomie , la science , le cinéma , les spectacles ….

VB : un programme ambitieux : vous avez trouvé écho auprès des français de Bâle ?

CD : absolument , et  bien que mon mari Bernard se soit inquiété que l’Alliance Française n’ait une vocation politique( ce n’était pas du tout le cas , c’est même contraire à ses statuts) , nous avons sans cesse évolué dans un esprit culturel et proposé de plus en plus d’activités et de manifestations  dont certaines ont été un véritable succès : une conférence sur le grand couturier Christian Dior nous a rempli la salle à ras-bord  et la conférence avec le Dr Boris Cyrulnik venu parler  de” la construction du bonheur “, a amené 300 personnes dont beaucoup ont du s’aasoir sur les marches, ou encore une soirée hilarante avec la bande des ” Papous dans la tête ” de France Culture invités par la Coupole de Saint-Louis pour un enregistrement  public , a été aussi un Hit. Le secret de la réussite d’une association telle que l’Alliance Française , c’est  de conserver une curiosité tous azimuts, c’est ce qui fonctionne et ça se chiffre : nous avions au début 175 adhérents , mais qui oubliaient souvent de payer leur cotisation ; nous n’éditions pas de programme , les cours de  que nous  devions donner n’avaient pas marché; bref , ce n’était pas tout de suite gagné  et nous avons même commencé par un gros bide  avec la soirée poesie autour de Bernard Heitseick  dans les locaux de l’UBS ( pas de son ! ) . A présent , nous en sommes à 450 membres à qui nous proposons aussi des visites guidées dans les musées( nous avons été pionniers à Bâle à en organiser en français ).

D’année en année , nous sommes devenus de plus en plus conviviaux: nous avons créé un club de lecture , de danse , de conversation  française , un atelier de théâtre, un club parents-enfants; en même temps , nous ne cessons de développer  à Bâle des collaborations avec les musées , le théâtre, le Stadtkino , le Kultkino, sans oublier les partenariats côté français avec la Coupole par exemple ou laMediathèque Le Parnasse. Et la creation de notre site a permis d’amener une clientèle plus jeune  indispensable pour renouveler nos effectifs.

VB : vous passez cette année le relais à Dominique de Rougemont , quel bilan tirez-vous de ces presque 20 années à la tête de l’alliance Française de Bâle ?

CD : un bilan tout à fait positif . J’ai rencontré au cours de ces années un tas de gens géniaux comme  Catherine Matthieu , la responsable de la Foire du Livre de Saint-Louis qui vient de prendre sa retraite,Nicole Reinhard , la directrice du Stadtkino , Frederic Versolato , l’ancien directeur de la Fnac , aujourd’hui propriétaire de la librairie 47°Nord à Mulhouse, des conférenciers devenus amis comme le généticien Axel Kahn, la romancière Frederique Hébrard et Louis Velle, les linguistes Marie Treps et Louis-Jean Calvet ,nous avons eu un monde fou lors de la venue de Soulages  , de Jean-Paul  Closel , directeur d’Actelion ,  de Marie-Christine Barrault , de la galériste Denise René…la liste est longue.

VB : merci Catherine Dreyfus et souhaitons bonne chance et longue vie à l’Alliance Française de Bâle et Dominique de Rougemont.

Note : le 9 septembre 2014 ,une soirée a été organisée en hommage à  Catherine Dreyfus pour le travail qu’elle a accompli auprès de la communauté francophone de Bâle pendant les dernières 18 années . Catherine Dreyfus-Soguel a reçu en les insignes de chevalier de l’ordre du mérite en 2003 et de la Légion d’honneur en 2008.

 ALLIANCE FRANCAISE DE BALE

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