Diane Venet La collection ideale Bijoux d’artistes au MAD

Diane Venet Le Muy photo VB

L’art se porte haut  : DE CALDER À KOONS, BIJOUX D’ARTISTES. LA COLLECTION IDÉALE DE DIANE VENET

Au MAD Paris du 7 mars au 8 juillet 2018

Porter de l’art est une façon de s’approprier une part du génie de l’artiste

Frank Stella, Bague, 2010 Or, édition de 5 par The Gallery Mourmans, Collection Diane Venet PhotoBrian Moghadam, New York
Frank Stella, Bague, 2010
Or, édition de 5 par The Gallery Mourmans, Collection Diane Venet
© Brian Moghadam, New York

Il fallait bien un lieu d’exception pour annoncer un tel évènement  : Diane Venet et Olivier Gabet , directeur du Musée d’Arts décoratifs de Paris( MAD) , avaient choisi le Silencio , creation originale du réalisateur  David Lynch toute revêtue de feuilles d’or  , éponyme du troquet des personnages de son cultissime Twin Peaks ,  pour présenter à un public de Happy Few la prochaine exposition consacrée de Diane Venet consacrée aux bijoux d’artistes , une collection personnelle unique rassemblant des oeuvres imaginées par les amis du couple Venet ,  230 trésors  en or , argent , bronze , émail , réalisés pour la plupart par des orfèvres , parmi lesquels ceux de Calder , Koons , une bague sublime de Frank Stella , Takis , Louise Bourgeois, Giuseppe Penone, Ai WeiWei , Max Ernst , Niki de Saint-Phalle, Dali et sa broche Cuillère avec montre peigne emblematique de son style …

Diane Venet raconte à l’assemblée présente au Silencio comment a débuté sa passion :” Bernar ( le sculpteur et plasticien Bernar Venet )  a pris l’habitude de créér pour moi un bijou à chacune de ses inventions d’artiste , le premier était une fine baguette d’argent que j’ai reçu en guise d’alliance à enrouler autour de mon annulaire. C’était il y a 30 ans , depuis je n’ai eu de cesse d’enrichir cette précieuse collection . Aux bijoux de Bernar sont venus s’ajouter,  associée à des prêts exceptionnels de galeries mais aussi de collectionneurs et de familles d’artistes , le travail de 150 artistes français et internationaux.”

Lors de l’exposition DE CALDER À KOONS, BIJOUX D’ARTISTES. LA COLLECTION IDÉALE DE DIANE VENET , du 7 mars au 8 juillet 2018, les bijoux de Diane Venet entrent en résonance avec des œuvres plastiques plus monumentales permettant de varier les échelles, les rythmes et d’annuler les hiérarchies. L’infiniment petit rejoint l’infiniment grand. L’ensemble de la scénographie a été confiée à l’architecte d’intérieur Antoine Plazanet et aux graphistes Éric and Marie. Le Musée des Arts Décoratifs se réjouit de montrer ainsi ce qu’il est possible de dévoiler comme la plus belle des collections idéales.

La conférence au Silencio , modérée par la journaliste Monique Younes ( RTL ) a eu lieu en présence de:

Daine Venet , Olivier Gabet , directeur du MAD , Stephane Gerschel , directeur de Pomellato et Esther de Beaucé , galériste et éditrice de bijoux d’artsites contemporains

Musée d’Arts Décoratifs de Paris 

Musée des Arts Décoratifs
107, rue de Rivoli
75001 Paris
Tél. : +33 (0)1 44 55 57 50
Métro : Palais-Royal, Pyramides ou Tuileries
Autobus : 21, 27, 39, 48, 68, 69, 72, 81, 95

Diane Venet : naissance d’une collection

Diane Venet  est tombée en amour pour le monde de l’art dès le plus jeune âge  et ne l’a plus jamais quitté : née à Paris, Diane Venet  a grandi au sein d’une famille d’amateurs d’art , à commencer par son  père Jacques Regard  , Président de la société des Amis du Musée d’art moderne de Paris pendant plusieurs années.

De 1967 à 1976, elle a été journaliste à la radio et à la télévision, et a co-présenté l’émission culturelle hebdomadaire Samedi Soir, diffusée sur France 2. Mariée à un diplomate français avec qui elle a vécu au Japon et au Maroc, et avec qui elle a eu deux filles qui sont toutes les deux impliquées dans le monde de la joaillerie (Esther, qui a fondé la Galerie MiniMasterpiece, et Bérénice, responsable relations presse chez Boucheron à Paris). Elle s’est ensuite installée, avec son mari le sculpteur Bernar Venet, à New York dans les années 80, pendant lesquelles elle a contribué à l’organisation des expositions de son époux à travers le monde.

Ce sont les amitiés du couple Venet  partagées avec les artistes , qui ont motivé Diane  à constituer cette collection unique au fil des années et prouver ainsi que les bijoux d’artistes étaient des oeuvres à part entière  qui méritaient tout autant d’être exposées que des tableaux ou des sculptures . Elle a pu monter , grâce à sa propre collection et à des emprunts à des amis collectionneurs , des expositions qui ont très bien fonctionné , reunissant les realisations d’un grand nombre de sculpteurs comptant parmi  les plus importants du XXème siècle, comme l’exposition  hautement acclamée « Bijoux Sculptures » au Musée La Piscine de Roubaix,  durant le printemps 2008.

L’exposition comptait 170 œuvres de 75 artistes, recueillis de 35 collections privées,- voir le catalogue  Bijoux Sculptures .L’art vous va si bien  Gallimard-. L’exposition a accueilli plus de 30 000 visiteurs, et a reçu unanimement des critiques positives dans la presse française et européenne. C’est le succès remporté  à Roubaix qui a enclenché la série d’expositions désormais intitulée « From Picasso to Koons: Jewelry by Artists », installée au Museum of Arts and Design à New York en 2011, au Benaki Museum à Athènes en 2012, puis à l’IVAM à Valence, au Bass Museum à Miami, et plus récemment au Hangaram Design Museum au Seoul Art Center.

Diane Venet Bijoux d'artistes Un volume important sur le sujet de la joaillerie d’artiste sous le titre ” From Picasso to Jeff Koons  The artist as jeweler ” a été publié par Skira Flammarion en 2011, et comprend des textes importants des critiques d’art réputés comme Barbara Rose , reflétant ainsi la sélection grandissante d’œuvres présentées. L’exposition itinérante s’est arrêtée à Venise  cet été 2015.

 La collection de bijoux  d’artistes de Diane Venet : un musée intime et…transportable

Conversation avec Diane Venet

VB : bonjour Diane , comment est née votre passion pour les bijoux d’artistes ?

DV : lorsque j’ai rencontré Bernar Venet  il y a 30 ans , en guise de bague de mariage , il s’est amusé à enrouler autour de mon doigt une barrette en argent de sa confection  , cela a scéllé notre union et enclenché mon amour des bijoux d’artistes et le début de ma collection il y a 25 ans ; nous avions de nombreux amis artistes et  Arman a été l’un des premiers à m’offrir une de ses creations .

VB : les bijoux d’artistes sont-ils à placer sur un pied d’égalité avec les sculptures ou les tableaux qu’ils ont éxécutés ?

DV : absolument et peut-être encore davantage car  il y a une note sentimentale ajoutée , ces oeuvres miniatures ayant été souvent offertes par amour ou par amitié , il y a quelque chose de touchant dans l’idée de détenir simultanément l’objet qui est la marque du génie de l’artiste et le cadeau de l’homme amoureux , par exemple , dans les galets que Picasso  ramassait sur la plage et peignait pour Dora Maar, ou dans  les morceaux d’os sur lesquels il gravait des portraits de sa compagne Marie-Thérèse. Et puis , il faut songer que les histoires de l’orfèvrerie et de la creation artistique ont longtemps été mêlées, c’est seulement au XVIème siècle qu’elles prennent des directions différentes et pour longtemps : les peintres et sculpteurs sont considérés comme des artistes à part entière tandis que les orfèvres ne sont que des artisans . De nos jours , le fossé se comble, certains artistes majeurs , hommes ou femmes s’interessent au bijou , par amour pour leur compagne , pour leur fille , mais aussi par défi pour cette forme particulière et les contraintes qu’elle implique.

VB: Bernar Venet  a-t-il réïtéré la realisation de bijoux pour vous ?

DV : oui , il s’est rapidement pris au jeu ; ainsi , il a fait suivre cette alliance de broches et de bracelets qui correspondent à chaque fois à de nouvelles creations dans le contexte de son travail. J’ai ainsi realisé une collection exhaustive et représentative des ” Lignes indéterminées ” , des Arcs”, des ” Angles ” ou des ” Lignes droites ” qui constituent son vocabulaire plastique depuis quelques années.

VB: d’autres artistes ont aussi  conçu des bijoux pour vous venus enrichir votre collection ?

DV : oui , par exemple , Jacques Villéglé ( l’un des Nouveaux Realistes niçois invité au Musée Tinguely l’an passé- NDA-) a récemment conçu pour moi une bague très proche de son travail actuel sur son alphabet sociopolitique, Frank Stella a conçu un collier en titane  peint en or travaillé par ordinateur d’après ses sculptures- après de âpres discussions car il n’était à priori pas d’accord- finalement , il a accepté de nous donner à Marc Benda et Ernest Mourmans et moi-même une maquette de bague à realiser en or en 10 exemplaires  . Orlan a imaginé une broche , miniaturisation parfaite  de son autoportrait de la série des self hybridations africaines, Kader Attia m’a confié une bague en forme de menottes qui reunit deux doigts, Cesar a compressé des gourmettes et des pendentifs de famille que je lui ai remis , Chamberlain m’a offert par amitié son premier bijou, une tôle d’alluminium peinte et froissée montée en broche…

VB : qu’est ce que ce musée miniature que vous avez créé a de particulier ?

DV  : ma collection est  dictée par mes coups de coeur et mon intérêt personnel pour certains artistes , c’est une collection multiforme , à la fois ludique et exigeante , faite pour être montrée et les oeuvres qui la constituent se portent au poignet , au doigt , au cou , ainsi , elles peuvent voyager partout  avec moi. L’histoire de ma collection est en grande partie celle de mes amitiés et aussi de mes voyages . J’ai ainsi rencontré le grand sculpteur coréen Lee Ufan  ( que nous avons découvert au moment de l’inauguration de la Fondation Fernet-Branca à Saint-louis il y a 10 ans -NDA- )qui m’a envoyé des dessins à partir desquels j’ai pu produire des boucles d’oreilles. L’idée directrice est que l’on reconnaisse l’artiste auteur de la sculpture miniature au premier coup d’oeil .

VB : comment procédez-vous sans aide de l’artiste ou du collectionneur pour retrouver la trace d’un bijou ?

DV : cela peut prendre la forme d’ une enquête policière ou historique . Par exemple , j’ai profité des  souvenirs de Joan Sonnabend de Boston ( elle avait crée la Galerie Sculpture to Wear à New York ), évoquant les soirées brillantes durant lesquelles les femmes se paraient de leur Man Ray ou de leurs Fontana ; ou , à l’inverse , trouver un bijou chez un marchand et essayer d’en reconstituer l’histoire comme pour Germana Matta qui m’a raconté comment Matta lui organisait litteralement un bijou autour du doigt ou du cou ou encore comment mon amie grecque Marie Demetriades a reconnu un collier de Takis qui avait été  moulé sur son corps 30 ans auparavant ! J’ai trouvé aussi chez Margaretha Von Bartha une paire de boucles d’oreilles de Man Ray portées par Catherine Deneuve dans un film de Bunuel ( Belle de jour ou Tristana ? ). Ces anecdotes montrent bien la spécificité de ces objets qui mêlent l’histoire intime et l’histoire de l’art. la frontière entre les deux est subtile et, une femme d’artiste le sait bien, souvent poreuse.

VB : vous nous citez quelques uns de vos trésors ?

DV : il y a les broches de Picasso , celles de Braque , de César , de Fernand Leger, d’Alberto Giacometti ( qui avait crée une ligne de bijoux pour Elsa Schiaparelli ), de Max Ernst,   les colliers de Takis , de Louise Bourgeois, de Giuseppe Penone ,les bracelets de Vasarely, de Cocteau , Damien Hirst , Pol Bury, les boucles d’oreille de Man Ray, de Barcelo , les pendentifs d’Arman, de Lichtenstein , Jeff Koons, les bagues de Meret Oppenheim ,de Yoko Ono, Fontana , Anish Kapoor… La collection que je présente lors d’expositions  rassemble  250 pièces realisées par 150 artistes , la plupart provenant de collections privées.

VB : ce sont les bijoux de votre collection personnelle ; votre renommée  vous a permis d’échanger avec d’autres collectionneurs dans le monde.

DV : oui , certains me contactent pour me proposer de mettre en valeur les oeuvres qu’ils détiennent . Cela interesse les collectionneurs de pouvoir sortir les oeuvres de leurs écrins , ce que j’ai pu faire déja à Roubaix,  New York,  Athènes,  Valence,  Miami,  Séoul,  et Venise  cet été (2015) ; Paris est prévue en  2017. Les 200 oeuvres que je propose sont aussi celles des collections  privées naturellement. Nous formons une petite communauté qui traquons la pièce rare, de pays en pays. Martine et Didier Haspeslagh, collectionneurs et marchands anglais aussi curieux que savants, Louisa Guiness qui passe commande à de nombreux artistes anglais, d’Anish Kapoor à Antony Gormley, de Craig Martin à Marc Quinn ou Sam Taylor-Wood. Diana Küppers en Allemagne , qui défend les bijoux des grands maîtres Braque , Ernst , Arp, Picasso Ma rencontre avec Giancarlo Montebello, artiste et bijoutier, beau-frère des sculpteurs Pomodoro, grand ami de Fontana, de Man Ray, de Soto , de Niki de Saint Phalle , de Meret Oppenheim et de tant d’autres artistes avec lesquels il a travaillé , oeuvrant inconditionnellement pour la reconnaissance de cette forme d’art, m’a beaucoup encouragée. Je n’oublie pas non plus  Pierre-Alain Challier à Paris , fidèle prêteur, ou Marina Ruggieri à Vérone, Elisabetta Cipriani à Londres ou Esther de Beaucé et sa Galerie MiniMasterpiece à Paris ( fille de Diane NDA).

VB : Diane , portez-vous les bijoux de votre collection ?

DV : non seulement je les porte mais je les adapte à l’occasion particulière dans laquelle je me trouve  impliquée . Il m’arrive d’enrouler un Takis autour de mon poignet , de me refleter dans un Kapoor autour de mon cou. En portant ces oeuvres , je les offre au regard des autres. Au plaisir de les avoir reunies , de les fréquenter d’aussi près s’ajoute donc celui de les donner à voir. En les revêtant , j’en deviens en quelque sorte le porte -flambeau.

VB : et le porte – flambeau de la femme artiste également ?

DV : au XXème siècle , le bijou est aussi une forme de création très répandue chez les artistes femmes. Certaines sont des figures majeures comme Niki de Saint Phalle : ses Nanas  portées à la boutonnière sont devenues des emblèmes qui parlent , comme tout le travail de Saint Phalle , d’une féminité flamboyante.De la même manière , les araignées de Louise Bourgeois fixées au revers d’un manteau, sans perdre de leur angoissante présence. Meret Oppenheim, Rebecca Horn , Kiki Smith , Dorothea Tanning, parmi d’autres ont , elles aussi , étendu leur vocabulaire plastique jusqu’au bijou.

VB :porter autour du cou un Picasso ou un Takis a-t-il un prix ?

DV : oui , bien sur . Très souvent , les bijoux qui composent ma collection sont des oeuvres uniques , mais certaines sont produites en séries limitées d’ une dizaine d’exemplaires que je fais façonner en un atelier parisien. Mon grand plaisir est d’obtenir d’un artiste qu’il dessine un bijou dont je puisse confier la confection  , ce fut le cas pour le grand photographe Andres Serrano qui a conçu une bague crucifix en or fabriquée à l’Atelier Bermudes à Paris cette année ( 2015 ) , un des 8 exemplaires fait partie de ma collection.

“Je suis très attentive à demander la creation de bijoux uniquement à des artistes avec qui j’estime que ce challenge peut être fait en tant qu’extension de l’ensemble caractéristique de leurs oeuvres.Ce son des pièces réalisées de façon artisanales et ce qui est interessant , c’est de pouvoir travailler de la figure humaine à l’abstraction en passant par la pop, le lettrisme , la geometrie ou les nouveaux materiaux. Ce partage est vraiment passionnant.” ( extrait de l’article Art et attitude Jean-pierre Frimbois )

VB : Diane , quels sont les artistes dont vous rêvez de porter les oeuvres aujourd’hui ?

DV : j’ai une affection particulière pour Bertrand Lavier ; j’aime aussi beaucoup Sol Lewitt ( Diane et Bernar aiment tous deux cet artiste dont ils ont acquis des oeuvres ; on peut aussi apercevoir une oeuvre de Sol Lewitt en ce moment à la Fondation Beyeler  pour l’expo Black Sun , dans la continuité de Malevitch  NDA) et les boutons confectionnés par Giacometti pour Elsa Schiaparelli m’interessent beaucoup; je peux encore citer le céramiste britanique  Grayson Perry , personnage plutôt original , souvent déguisé -connu sous le nom de Claire-

VB : où aurons-nous la chance d’admirer les merveilles de votre collection ?

DV : nous rentrons de Venise et serons en 2016 à Moscou puis en 2017 à Paris .

VB : merci Diane et au plaisir de vous revoir , peut-être à Bâle .

Retrouvez la collection de bijoux d’artistes de Diane Venet dans le catalogue :

Bijoux d’artistes De Picasso à Jeff Koons / Skira Flammarion  Direction d’ouvrage Diane Venet 2011

Un premier catalogue est paru en 2008 : Gallimard

Bijoux sculptures . L’art vous va si bien Édition publiée sous la direction de Diane Venet avec la collaboration de Sylvette Botella-Gaudichon, Laurence Mouillefarine et Marc Pottier

Site officiel de Diane Venet

Laisser un commentaire