Des acteurs de bonne foi au Théâtre de Bâle

Acteurs de bonne foi Marivaux Théâtre de Bâle©VB

LES ACTEURS DE BONNE FOI : Marivaux se jouait à Bâle

Ca court en tous sens , ça crie , ça s’époumonne , ça chante , ça jongle … N’en jetez plus ! Bref , parfois , un peu de sobriété ne peut nuire au texte eut-il vocation comique . Fallait-il vraiment en rajouter autant ?  D’accord , on retrouve les sujets chers à Marivaux , des  questions aussi essentielles que l’amour, le pouvoir, la manipulation, la sincérité , les relations entre les différentes classes sociales , ceux qui aiment et ceux qui n’aiment pas le théâtre , mais dans une  agitation  inutilement étourdissante qui rappelle un poulailler en attente de sa béquée ; d’ailleurs,  pour la vraisemblance , la mise en scène a placé meuglements et caquettements en guise d’illustration de tableau paysan .

Célébration du désordre parodique et grotesque

Pierric Tenthoret Théâtre de Bâle ©VB
Pierric Tenthoret Acteurs de Bonne Foi Théâtre de Bâle ©VB

Le théâtre de rue a décidément bien mal vieilli et ne peut se satisfaire  – par définition- d’un jeu serré entre quatre murs ! Car le parti- pris des metteurs en scène semble bien être celui-ci : le spectacle de Marivaux  qui infiltre mime , jonglerie et accompagnement musical décalé au coeur des textes dans une ambiance burlesque , rappelle bien davantage le théâtre tel qu’il existait à l’origine , un divertissement proche du spectacle circassien proposé en toute liberté par des saltimbanques ambulants aux villageois en mal de distraction. C’était au Moyen-Âge , voire dès l’Antiquité . Le spectacle de rue , revenu sur le devant de la scène depuis les années 70 , aurait bien mieux convenu à ce divertissement mêlant arts du cirque , magie , chant ,  preuve en est la spécialité du veveysan Pierric Tenthoret  alias le valet Merlin ,  magicien  avant d’être comédien qui donne le tempo à l’ensemble de la pièce . ( Le suisse de Vevey  Pierric Tenthoret a remporté en 2015  le Grand Prix de la catégorie close-up , la discipline reine des Mondiaux de magie).

Lorsqu’on parle de marivaudage aujourd’hui , on fait allusion à quelque chose de subtil et de recherché ou à une expression raffinée  et délicate des sentiments amoureux qui n’empêche en aucun cas l’interprétation   comique . La mise en scène proposée ici est d’autant éloignée de cette conception qu’elle est noyée dans une agitation grotesque étourdissante qui dessert la pièce de Marivaux bien davantage qu’elle ne la cautionne.

Acteurs de bonne foi était la dernière pièce de la saison française du Théâtre de Bâle 2018.

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Acteurs de bonne foi  Marivaux   1757

Sous la baguette du valet Merlin, deux couples d’amoureux préparent une pièce de théâtre commandée par la richissime Madame Amelin pour le mariage de son neveu. Les acteurs se préparent, la fête promet d’être belle. Mais le spectacle qui devait parler d’amour tourne court car le canevas imaginé par Merlin se plaît à intervertir les couples officiels. Finalement, qui est sincère et qui joue? Et pour bien jouer l’amour, doit-on vraiment être amoureux? Cette petite pièce en un acte, écrite sur le tard, résume à elle seule tous les thèmes chers à l’auteur : l’amour, les jeux de pouvoir, les classes sociales, la réalité et la fiction. Et comme le voulait déjà la tradition au XVIIIe siècle, le spectacle sera agrémenté de divertissements, entre musique originale et numéros de cirque.

Mise en scène: Geneviève Pasquier et Nicolas Rossier
Avec: Simon Bonvin, Laurie Comtesse, Emmanuel Dorand, Aurore Faivre, Marie Fontannaz, Quentin Leutenegger, Véronique Montel, Sara Oswald, Florence Quartenoud, Pierric Tenthorey et Anne Vouilloz
Production: Centre dramatique fribourgeois – Théâtre des Osses

THEATRE DE BALE

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