Fondation Beyeler Bacon Giacometti

Fondation Beyeler exposition Bacon Giacometti 2018 ©VB

La Fondation Beyeler présente l’exposition Bacon Giacometti jusqu’au 2 septembre 2018

L’exposition est placée sous le commissariat de Catherine Grenier, directrice de la Fondation Giacometti à Paris , Michael Peppiatt spécialiste de Bacon et ami proche de l’artiste  et Ulf Küster commissaire d’exposition à la Fondation Beyeler.

Fondation Beyeler Exposition Giacometti Bacon ©VB
Fondation Beyeler Exposition Giacometti Bacon ©VB

Avec Alberto Giacometti et Francis Bacon, la Fondation Beyeler présente à partir du 29 avril 2018 deux protagonistes d’exception de l’art moderne, tant amis que  rivaux, dont  la vision  a fortement influencé  l’art de la deuxième moitié du 20ème siècle à aujourd’hui. C’est la toute première fois qu’un musée consacre une exposition conjointe à ces deux artistes, éclairant leurs rapports et  leurs  relations.  Aussi  différentes  que leurs œuvres puissent sembler à première vue,  ce  face-à-face  inattendu  fait  apparaître  des correspondances surprenantes. L’exposition comprend des œuvres célèbres  des deux  artistes,  complétées par des œuvres rarement exposées. A noter plus particulièrement, une série de plâtres originaux en provenance de la succession de Giacometti  jamais  encore  dévoilés  au  grand  public,  ainsi  que  quatre grands triptyques de Bacon. Une salle  multimédia  propose  des  aperçus  spectaculaires  des  ateliers  des deux artistes. L’exposition est organisée par la Fondation Beyeler en collaboration avec la Fondation Giacometti, Paris.

Le peintre britannique et le sculpteur suisse se  sont  rencontrés  au  début  des  années  1960  grâce à une amie commune, l’artiste Isabel Rawsthorne. En 1965, leur relation était déjà telle que  Bacon  avait rendu visite à Giacometti à la Tate Gallery à Londres lorsque ce dernier y  installait son exposition. Une série  de clichés du photographe anglais Graham Keen documente cette rencontre, montrant les deux artistes en intense conversation. Plus d’un demi-siècle plus tard, les deux artistes sont réunis à la Fondation Beyeler et ce double portrait photographique ouvre l’exposition.

Le face-à-face inattendu fait apparaître des correspondances surprenantes

Les commissaires d’exposition Catherine Grenier, directrice de la Fondation Giacometti à Paris, Michael Peppiatt, spécialiste et ami de Bacon, et Ulf Küster, commissaire d’exposition à

la Fondation Beyeler, font apparaître à travers la centaine d’œuvres réunies dans cette vaste exposition des  correspondances étonnantes.  Tous deux ont intensément étudié, copié et paraphrasé les grands maîtres du passé. Tous deux s’intéressaient au défi de la représentation de l’espace en deux et en trois dimensions, intégrant à leurs œuvres des structures en forme de cage afin d’isoler les figures dans leur environnement. Ils traitaient tous deux du corps fragmenté et déformé, et partageaient une obsession pour le portrait . Tous deux se proclamaient «réalistes».

Les neuf salles thématiques de l’exposition présentent les œuvres de Giacometti et de Bacon côte à côte, faisant apparaître clairement les différences mais aussi les points communs des deux artistes; leurs particularités sont soulignées, ainsi les couleurs souvent  vibrantes  de  Bacon  et  le  gris  hautement différencié qui caractérise le travail de Giacometti. Le parcours débute avec des portraits de l’artiste Isabel Rawsthorne, amie proche tant de Giacometti que de Bacon et un temps amante de Giacometti. Les deux artistes l’ont représentée de manière singulièrement outrancière: considérée à distance changeante par Giacometti et mise en scène en tant que furie et femme fatale par Bacon.

 

L’échec continu de Giacometti était inscrit dans son processus de travail. S’il n’avait pas sans cesse eu l’impression d’échouer, il n’aurait peut-être pas eu l’élan de persévérer. Pour lui, le travail semble avoir été  en bonne partie aussi une quête de dépassement personnel, comme s’il avait voulu se punir pour  sa condition d’artiste. C’est probablement aussi vrai de Bacon,  même si  dans  ses  images  l’agressivité semble se diriger principalement vers l’extérieur.

C’est dans le genre du portrait que se manifestent de la manière la plus impressionnante les obsessions artistiques des deux hommes et leur lutte autour de leur conception respective du réalisme. Dans la salle

Alberto Giacometti Grande Tête Mince ( Diego ) 1954 Fondation Giacometti Paris ©VB
Alberto Giacometti Grande Tête Mince ( Diego ) 1954 Fondation Giacometti Paris ©VB

suivante, une série de sculptures de Giacometti – surtout des plâtres originaux – fait face à des portraits de petit format de Bacon. Ces derniers incluent quatre petits triptyques dont la forme est inspirée de retables médiévaux, permettant à Bacon de représenter ses modèles sous des facettes encore plus nombreuses  et    de créer des effets de distanciation. L’une des plus célèbres œuvres  tardives  de  Giacometti,  le  plâtre original de Grande tête mince (1954), en fait un portrait  de son frère Diego,  est  également présentée ici;  à la fois plane et volumineuse, l’œuvre se joue des notions de bi-  et de tridimensionnalité,  et donc des principes de la peinture et de la sculpture. Parmi les  œuvres  de  Bacon  présentées  dans  cette  salle  se trouve l’extraordinaire Self-Portrait (1987), œuvre rarement exposée issue d’une collection privée, où   l’artiste semble étrangement absent, perdu dans ses pensées.

 Tout comme Giacometti, Bacon semble avoir joué avec l’idée  de  dynamiter  les limites traditionnelles de l’image. Il est étonnant de voir comment les deux artistes ont invalidé dans leurs œuvres les catégories esthétiques établies. Bacon et Giacometti donnent à voir ici les faces sombres de l’existence humaine.

Une salle multimédia propose des aperçus spectaculaires des ateliers des deux artistes

Giacometti Bacon Photo Fondation Beyeler ©VB
Giacometti Bacon Photo Fondation Beyeler ©VB

Modestes et exigus, les ateliers de Bacon et de Giacometti étaient  des  lieux  particuliers  qui  voyaient émerger du chaos des œuvres d’art d’exception.  La salle  multimédia, dernière salle  conçue spécialement pour l’exposition, propose un aperçu fascinant de ce  cosmos:  les  ateliers  des  deux  artistes  sont reconstitués au moyen de photographies historiques. Deux projections immersives du designer néerlandais Christian Borstlap du studio de création «Part of a Bigger Plan» donnent à voir  de  manière surprenante chacun des ateliers en faisant apparaître en grandeur nature  aux  murs  et  au  sol  ces  espaces  privés  – Bacon ne tolérait aucune visite dans son atelier. Les  projections  sont  accompagnées  des voix  de  Bacon  et de Giacometti parlant de leur travail et de leur atelier. Ces montages audiovisuels permettent de retracer de manière directe et immédiate la méthode et le processus de travail des deux artistes, ouvrant accès à une dimension supplémentaire de leur œuvre. La salle multimédia de l’exposition «Bacon  – Giacometti» a bénéficié du soutien de la Fondation BNP Paribas Suisse, partenaire de la Fondation  Beyeler  pour  la médiation multimédia.

Des plâtres originaux en provenance de la succession de Giacometti jamais encore dévoilés au grand public

Les célèbres bronzes de Giacometti sont souvent basés sur une version en plât. Ce qui rend les plâtres de Giacometti particuliers, c’est que l’artiste a continué à les travailler:  ils  ne constituent donc pas une simple étape de fabrication  du produit fini en bronze, mais  ont leur place  en tant qu’œuvres d’art à part entièr. 23 de ces plâtres rares, dont certains n’avaient encore jamais été exposés en raison de leur fragilité, comme par exemple le Petit Buste d’Annette (1946), sont présentés à la Fondation Beyeler. Parmi eux se trouve le plâtre original de  l’Homme qui marche II (1960), dont le bronze appartient à la collection de la Fondation Beyeler, réunissant ainsi pour  la première  fois depuis des décennies l’ancien modèle et l’œuvre mythique.

Quatre grands triptyques de Bacon

Outre In Memory of George Dyer (1971), œuvre majeure de la collection Beyeler, l’exposition présente trois autres impressionnants triptyques grand format de  Bacon, dont une  œuvre  clé de sa période tardive, Triptych Inspired by The Oresteia of Aeschylus (1981), qui témoigne de son intérêt pour la mythologie grecque. La Fondation Beyeler accueillera par ailleurs Triptych (1967) du Hirshhorn Museum à Washington et Three Studies of Figures on Bed (1972), triptyque très rarement exposé de la collection familiale Esther Grether.

Fondation Beyeler exposition Bacon Giacometti ©VB
Fondation Beyeler exposition Bacon Giacometti  Francis BaconTriptych (1967) du Hirshhorn Museum à Washington ©VB

Ernst Beyeler entretenait des liens d’amitié avec les deux artistes

Des intellectuels contemporains tels l’auteur et ethnologue français Michel Leiris, le critique d’art et commissaire d’exposition anglais David Sylvester et le poète  et  écrivain  français  Jacques  Dupin entretenaient des relations personnelles avec Giacometti et Bacon. Ernst Beyeler a lui  aussi souvent rencontré les deux artistes et évoquait leur courtoisie chaleureuse et leur charme. Il s’est particulièrement investi pour la diffusion de leurs œuvres. Beyeler a  en effet  joué  un rôle déterminant dans  l’établissement de la Fondation Alberto Giacometti à Zurich et a consacré deux expositions de sa galerie à Giacometti, diffusant ainsi environ 350 de ses œuvres. Il a également consacré deux  expositions  à  Francis  Bacon; environ 50 tableaux et triptyques de l’artiste britannique sont ainsi passés dans les  mains de Beyeler.  Les deux artistes ont en outre figuré dans de nombreuses expositions collectives de la galerie: huit pour Bacon     et 38 pour Giacometti. Il n’est donc pas surprenant que des œuvres de  Bacon  et  de  Giacometti fassent partie des pièces maîtresses de la collection Beyeler, ainsi le groupe complet des figures conçues par Giacometti pour la Chase Manhattan Plaza, dont le célèbre Homme qui marche II (1960), et l’émouvant triptyque dédié par Bacon à son amant disparu In Memory of George Dyer (1971). Quant à Lying Figure (1969), qui fait également partie de la collection, Bacon écrivait dans une lettre à Beyeler qu’il tenait cette toile pour l’une de ses meilleures œuvres.

La Fondation Beyeler a pu obtenir en prêt des œuvres de Francis Bacon auprès d’importantes collections privées et de musées majeurs du monde entier, entre autres le Art Institute de Chicago, le Museum of Modern Art de New York et le Centre Pompidou à Paris. Les prêts d’œuvres de Giacometti proviennent pour la plupart de la Fondation Giacometti à Paris. Ulf Küster, Catherine Grenier et Michael Peppiatt ont contribué au catalogue. L’exposition est accompagnée d’un important catalogue publié aux éditions Hatje Cantz, auquel ont contribué Ulf Küster, commissaire d’exposition à la Fondation Beyeler, Catherine Grenier, directrice de la Fondation Giacometti à Paris, Michael Peppiatt, spécialiste de Bacon et ami proche de l’artiste, ainsi que Hugo Daniel et Sylvie Felber.

Biographie de Francis Bacon Sylvie Felber

Francis Bacon Portrait of George Dyer 1964 Courtesy Cingilli Collection London ©VB
Francis Bacon Portrait of George Dyer 1964 Courtesy Cingilli Collection London ©VB

Francis Bacon naît le 28 octobre 1909 à Dublin, deuxième d’une fratrie de cinq enfants. Son père Anthony Edward (« Eddy ») Mortimer  Bacon  est un  ancien  major  de l’armée  britannique reconverti  dans  l’élevage de chevaux. Sa mère, Christina Winifred Loxley Firth, est issue d’une famille d’industriels aisés.  Bacon entretient des relations compliquées avec ses parents; elles sont particulièrement houleuses avec son père, homme autoritaire et violent. Son enfance est marquée par de nombreux déménagements en Irlande et de brefs séjours en Angleterre, par exemple pendant la Première Guerre mondiale. Bacon souffrira par ailleurs toute sa vie d’asthme chronique et sa scolarité s’en ressent. Il prend conscience de son homosexualité  au cours de son adolescence, ce qui occasionne de fortes tensions avec son père. En 1926, lorsque celui-ci surprend le jeune homme de 16 ans en train d’essayer les sous-vêtements de sa mère, il le  renvoie  du domicile familial.

Bacon , Velasquez et l’effroi existentiel . Les années 1926 à 1928 sont des  années  d’itinérance:  le jeune  artiste  vit  à  Londres,  à Berlin  et  à Paris. Ces deux derniers séjours sont des expériences décisives pour Bacon: il se jette à corps perdu dans la vie nocturne trépidante de Berlin et y aurait vu pour la première fois Le Cuirassé Potemkine (1925) de Sergueï Eisenstein.1 Bacon reviendra directement sur ce  chef-d’œuvre  cinématographique  dans  Study  for  the Nurse in the Film Battleship Potemkin (1957). Après Berlin s’ensuit un séjour de trois mois à Chantilly et à Paris, où Bacon apprend le français et visite les galeries et les musées.  Le  Massacre  des  innocents  de Nicolas Poussin (vers 1627/28) au Château de Chantilly (aujourd’hui Musée Condé) impressionne profondément le jeune Bacon: il qualifiera plus tard l’œuvre de « probablement le meilleur cri en peinture »

Francis Bacon Head VI 1949 Arts Council Collection London©VB
Francis Bacon Head VI 1949 Arts Council Collection London©VB

Une exposition de dessins de Picasso à la Galerie Paul Rosenberg à Paris à l’été 1927 mène Bacon  à commencer à peindre de manière autodidacte. De retour à Londres, Bacon travaille comme dessinateur de meubles et décorateur. Influencé par le cubisme et le surréalisme, il continue néanmoins à peindre. En novembre 1930, il expose quelques œuvres dans une petite exposition  collective.  Malgré  ces  rapides progrès, Bacon ne parvient réellement à s’établir ni en tant que décorateur ni en tant qu’artiste. Il connaît  alors une phase d’instabilité et d’incessants changements de domicile. En 1933, il trouve un arrangement domestique peu conventionnel et s’installe à Chelsea avec Jessie Lightfoot, son ancienne gouvernante.

C’est aussi en 1933 que Bacon peint ses premières œuvres affranchies de ses influences passées, dont Crucifixion. En 1940, son père décède. Déclaré inapte au service militaire en raison de son asthme.

En 1944, il achève Three Studies for Figures at the Base of a Crucifixion, première œuvre à attirer l’attention. Elle est achetée par Eric Hall, mécène et amant de Bacon. Deux ans plus tard, Bacon réalise Painting 1946, qui est acheté par Erica Brausen, fondatrice de la Hanover Gallery.  Bacon utilise souvent les produits de  ces ventes pour se rendre  à Monte-Carlo, où il joue au casino et possède une résidence à partir de 1946.

Les œuvres de la fin des années 1940 telles Head I  (1948)  ou  Head  III  (1949)  présentent  une  palette réduite et monochrome, et se concentrent davantage sur des expressions de  visage  et  des  détails.  Avec Head VI (1949), Bacon paraphrase une première fois le Portrait du pape Innocent X (vers 1650) du peintre espagnol Diego Velázquez.

A l’automne 1950, Bacon enseigne quelques semaines au Royal College of Art à Londres en tant que suppléant. En janvier 1951, il rend pour  la première fois visite à sa mère,  qui avait  émigré en Afrique du    Sud après la mort de son mari. Les animaux sauvages et les couleurs sèches de ces paysages étrangers l’enthousiasment et se retrouvent dans des œuvres telles Man Kneeling in Grass (1952) et Chimpanzee (1955). Nouvelle phase de nomadisme durant laquelle il entreprend  des voyages  à Rome et à Tanger avec son nouveau compagnon Peter Lacy, rencontré en 1952.

Sa carrière est alors en plein essor. En 1953,  la  galerie  Durlacher  Brothers  à  New  York  présente  sa première exposition personnelle.  Dans des  œuvres telles Study of a Nude (1952/53), il se penche de  manière  approfondie sur  la représentation  du  nu.  En 1954, il représente l’Angleterre à la Biennale de Venise avec les artistes Lucian Freud et Ben Nicholson. En 1957, la Galerie Rive Droite lui offre sa première exposition personnelle à Paris et un an plus tard une exposition itinérante est consacrée à ses œuvres en Italie. La première exposition de Bacon à la galerie Marlborough Fine Art à Londres en 1960 remporte un succès important. Bacon est  désormais  un  artiste établi.

Une première rétrospective a lieu en 1955 au Institute of Contemporary Arts de Londres, une autre début 1961 à l’Université de Nottingham. A l’automne 1961, Bacon emménage dans un atelier situé au 7 Reece Mews, où il travaillera jusqu’à sa mort. En dépit de la notoriété croissante de Bacon, l’atelier est petit et modeste.

Les succès rythment les années 1960 et 1970. La Tate Gallery lui consacre une rétrospective en 1962.

George Dyer riding a Bicycle 1966 Collection Beyeler ©VB
George Dyer riding a Bicycle 1966 Collection Beyeler ©VB

Un  an  plus  tard, Bacon rencontre George Dyer. Son nouveau compagnon devient un motif récurrent de sa peinture dans les années 1960, ainsi dans Portrait of George Dyer Riding a Bicycle (1966). Bacon  atteint  de  nouveaux sommets artistiques et un glissement thématique s’opère dans son œuvre: les « furies, dictateurs et papes hurlants »3 font place à des portraits. Dans le quartier londonien de Soho, Bacon passe de longues soirées  à dîner avec des amis tels Lucian  Freud, Henrietta Moraes ou Isabel Rawsthorne. Ses  amis se  retrouvent dans ses œuvres: il travaille à partir de photographies qui lui servent de modèle pour  des  portraits  et  des nus. Ainsi, Lying Figure (1969) est basé sur un nu photographique de Henrietta Moraes.

L’artiste Isabel Rawsthorne est l’une des amies les plus proches de Bacon. En tant que membre de l’avant- garde parisienne, elle fait figure de lien entre Paris et Londres, ainsi qu’entre Francis Bacon et Alberto Giacometti, leur servant de modèle à tous deux (Bacon la représente par exemple dans Portrait of Isabel Rawsthorne Standing in a Street in Soho, 1967).

La rencontre entre Francis Bacon et Alberto Giacometti a lieu au plus tard  au  début  des  années  1960 lorsque le Britannique approche le Suisse dans un café parisien. En 1962 et en 1965, les deux artistes se voient plus souvent lorsque Giacometti séjourne à Londres pour les préparatifs et le vernissage de sa rétrospective à la Tate Gallery.

En 1968, Bacon se rend pour la première fois à New York, où se tient une exposition personnelle de ses œuvres à la Marlborough-Gerson Gallery. En avril 1971, la mère de Bacon décède en Afrique du Sud. En octobre de la même année, le Grand Palais accueille à Paris une autre rétrospective de l’œuvre de Bacon. Deux jours avant le vernissage, George Dyer met fin à ses jours dans sa chambre d’hôtel  à Paris.  Bacon revient sur le suicide de Dyer dans des œuvres telles In Memory of George Dyer (1971) et Triptych August 1972 (1972). Il peint par ailleurs de plus en plus d’autoportraits.

Dans les années qui précèdent 1980, Bacon passe beaucoup de temps à Paris, où il loue un atelier par l’entremise de son ami Michael Peppiatt. Il approfondit ses amitiés parisiennes, ainsi avec Michel Leiris, dont il fait le portrait (Portrait of Michel Leiris, 1976). Au milieu des années 1970, Bacon rencontre John Edwards, d’environ quarante ans son cadet, qu’il désigne comme son légataire universel.

Avec des œuvres comme Sand Dune (1983), Bacon revient pour la première fois depuis longtemps au paysage. Sa technique picturale devient plus fine et  plus  nuancée,  tandis  que  les  moyens  d’expression sont réduits à un minimum. Plusieurs expositions et rétrospectives internationales à Tokyo (1983), Washington (1989) et New York (1990) cimentent l’ascension de Bacon au rang d’artiste  de  stature mondiale.  En 1985, une deuxième rétrospective a lieu à la Tate Gallery. A la fin des  années  1980, Bacon    fait face à des problèmes de santé croissants. Lors d’un séjour  à Madrid, son état empire dramatiquement    et il doit être hospitalisé. Il meurt d’une crise cardiaque le 28 avril 1992.

 

 

Outre les sources citées dans les notes, les biographies suivantes ont été consultées:

·       Martin Harrison, « Chronology », dans: Id., Francis Bacon. Catalogue Raisonné, Londres 2016, vol.1, pp. 74–101.

·       http://francis-bacon.com/biography [dernier accès: 18.01.2018].

Biographie d’Alberto Giacometti Sylvie Felber

Fondation Beyeler Giacometti Bacon mai 2018 ©VB
Fondation Beyeler Giacometti Bacon mai 2018 ©VB

Alberto Giacometti naît le 10 octobre 1901 à Borgonovo dans le Val Bregaglia, aîné de quatre enfants d’une famille d’artistes. Sa mère Annetta Stampa est  issue d’une famille aisée de la région et  son père Giovanni    est l’un des principaux représentants  suisses  du  postimpressionnisme.  Le  célèbre  peintre  suisse  Cuno Amiet devient d’ailleurs son parrain. L’intérêt que manifeste Alberto Giacometti pour les arts plastiques est donc encouragé très tôt: en 1915 il achève sa première peinture à l’huile, et un an plus tard  il réalise des bustes de ses frères.

 En 1919, il part  étudier les beaux-arts à Genève. En 1922, le jeune Giacometti arrive à Paris, alors capitale mondiale des arts. Il y étudie le nu à la célèbre Académie de la  Grande Chaumière et la sculpture auprès d’Antoine Bourdelle. En parallèle à cette formation académique,  il se rend aussi souvent au Louvre afin d’y réaliser des croquis.

En 1925, Giacometti participe au Salon des Tuileries avec un torse et une tête de son frère Diego; c’est la première fois qu’il expose ses œuvres en public. Diego suit son frère aîné à Paris.  Toute sa vie,  il  posera pour Alberto, et à partir de 1929 il devient également son assistant. En décembre 1926, Giacometti emménage dans un nouvel atelier situé au 46 rue Hippolyte-Maindron. Il ne quittera plus ce modeste et minuscule lieu de travail. En 1926, Giacometti expose Le Couple (1926) au  Salon  des  Tuileries  et  un  an plus tard Femme-cuillère (1927).  Giacometti ne rencontre dans un premier temps que peu de succès en tant qu’artiste. Avec Diego,  il conçoit  donc  à partir de  1930 des  objets d’art décoratif .

La sculpture Boule suspendue (1930), exposée à la Galerie Pierre à  côté d’œuvres de  Joan Miró  et  Jean Arp, marque un premier tournant dans la carrière de Giacometti. Il attire l’attention des surréalistes réunis autour d’André Breton et de Salvador Dalí et rejoint le groupe un an plus tard. Sa première exposition personnelle se tient en 1932 à la Galerie Pierre Colle à Paris et obtient des critiques favorables.

Eli Lotar III 1965 Collection Beyeler ©VB
Eli Lotar III 1965 Collection Beyeler ©VB

Au tournant des années 1934/35, la Julien Levy Gallery à New York organise une première exposition de Giacometti aux Etats-Unis réunissant douze œuvres. A cette époque, il commence à  travailler  d’après modèle et crée des bustes et des études de têtes, ce qui mène à la rupture avec les surréalistes. En 1935, Giacometti rencontre l’artiste anglaise Isabel Nicholas (future Rawsthorne), qui lui sert de modèle pour deux têtes (Tête d’Isabel, 1936 et vers 1937/38). C’est aussi à cette époque qu’il s’essaie pour la première fois à la figure complète et développe  des recherches liées à la perspective. En 1936, Giacometti participe à la International Surrealist Exhibition aux New Burlington Galleries à Londres et le Museum of Modern Art de New York est le premier musée à acquérir l’une de ses œuvres, Le Palais à 4 heures du matin, 1932.

Alberto et Diego Giacometti passent la première année de la Seconde Guerre mondiale à Paris. Durant les années de guerre qui s’ensuivent, Diego veille sur l’atelier tandis qu’Alberto quitte Paris pour Genève en décembre 1941. La plupart des sculptures réalisées à cette époque (bustes et figures complètes) sont minuscules.  A Genève, Giacometti fréquente entre autres Albert Skira, éditeur de la revue Labyrinthe à laquelle il  contribue dessins et articles. En 1943, Giacometti fait la rencontre d’Annette Arm, qu’il épouse six ans plus  tard et qui deviendra l’un de ses modèles principaux.

A la fin de la guerre en 1945, Giacometti retourne à Paris. Dans les  années  difficiles  de l’après-guerre,  l’art  et les objets de design n’ont que peu de valeur . Ses réflexions débouchent sur un nouveau style de figures  hautes  et filiformes. En 1947, Giacometti crée une série de figures féminines grandeur nature, de premières figures complètes masculines et des œuvres  telles  Le  Nez.  En  1948,  la Pierre Matisse Gallery organise à New York une exposition personnelle qui rencontre  un succès  important.  Le catalogue qui l’accompagne contient l’essai de Jean-Paul Sartre « La Recherche de l’absolu ».

Giacometti avait rencontré Sartre et Simone de Beauvoir fin des années 1930 ou début des années 1940 et  une amitié étroite  le lie au couple de  philosophes. En 1949, la Tate  Gallery  est le  premier  musée  européen à acquérir une œuvre de Giacometti (L’Homme qui pointe, 1947).

Au milieu des années 1950, Giacometti rencontre en la personne  du  professeur  de  philosophie  japonais Isaku Yanaihara un nouveau modèle, qu’il représentera dans plusieurs portraits et sculptures entre 1956 et 1961. En parallèle, il travaille en continu à représenter Diego et Annette et cherche toujours à donner à ses sculptures « un volume nouveau et une monumentalité hiératique ». Dans les années 1950, Giacometti connaît une notoriété croissante. Une deuxième exposition à la Pierre  Matisse Gallery  en  1950 est suivie un an plus tard par sa première exposition personnelle à la Galerie  Maeght  à  Paris.  En  1955,  trois rétrospectives au Solomon R. Guggenheim Museum à New York, au  Arts  Council à  Londres  et  dans  trois villes en Allemagne de l’Ouest attestent du rayonnement artistique international de Giacometti. En 1956, il représente la France à la Biennale de Venise et  y montre  une  série  de  grandes figures  féminines élancées, les Femmes de Venise.  La  même  année, la  Suisse  lui rend également  hommage  avec  une  rétrospective à la Kunsthalle de Berne. En 1958, il  obtient  la  commande  prestigieuse  de  créer  pour  Chase  Manhattan Plaza à New York un groupe de sculptures:

A la fin des années 1950, Giacometti rencontre à Paris Yvonne Poiraudeau (mieux connue sous le nom de Caroline), qui posera dorénavant pour lui (ainsi pour  le  tableau  Caroline,  1961).4  C’est  également  à Paris que Giacometti est abordé par le jeune Francis  Bacon.  En 1961,  l’artiste conçoit  le décor  – un seul arbre      en plâtre – pour une nouvelle mise en scène d’En attendant Godot de Samuel Beckett à l’Odéon à Paris. La même année, sa quatrième exposition personnelle à la Galerie Maeght rencontre un vif intérêt et un grand succès. La carrière de Giacometti est à son apogée: en 1962, les organisateurs de la Biennale de Venise l’invitent à exposer dans le pavillon principal un groupe de peintures et de sculptures, qui lui valent le Grand Prix de sculpture. A l’automne, Giacometti se rend à  Londres  où la Tate prévoit  une  grande rétrospective pour 1965. Il y revoit Isabel Rawsthorne et Francis Bacon. Giacometti et Bacon se vouent une grande admiration mutuelle. A Zurich se prépare en même temps une  grande rétrospective  au Kunsthaus prévue pour l’hiver 1962.

L’état de santé de Giacometti est préoccupant. Fumeur invétéré, il souffre depuis des années de bronchite chronique. Le manque de sommeil et la forte consommation de café et d’alcool qui rythment sa vie nuisent également à sa santé. En 1963, il est opéré d’un cancer  de l’estomac. Un an plus tard, sa mère Annetta  décède à 92 ans, entourée de sa famille à Stampa. De retour  à Paris,  le  photographe Eli  Lotar  devient l’ultime modèle de Giacometti.

En 1964, le couple de collectionneurs et de galeristes Marguerite et Aimé Maeght inaugure la Fondation Maeght sur la Côte d’Azur, dont une cour centrale est consacrée aux sculptures de Giacometti. La même année, à la co-initiative d’Ernst Beyeler, des collectionneurs  et  mécènes  suisses  se  réunissent  pour racheter l’importante collection d’œuvres de Giacometti assemblée à Pittsburgh par l’industriel G. David Thompson.  Elle sera la base de la Fondation Alberto Giacometti créée un an plus tard. En 1965 s’ensuit un nouveau séjour à Londres à l’occasion du vernissage de l’exposition à la Tate Gallery. D’autres rétrospectives ont lieu au Musée Louisiana près de Copenhague et au  Museum  of  Modern  Art  de New York. Pour cette dernière, Giacometti se rend  aux  Etats-Unis pour  la  première  fois de sa vie. A  l’automne de cette même année, le réalisateur suisse Ernst Scheidegger consacre un film-portrait à l’artiste. En décembre 1965, Giacometti quitte Paris une dernière fois et retourne à  Stampa.  Il  meurt d’une péricardite le 11 janvier 1966 à l’hôpital cantonal de Coire, ce qui met abruptement  fin  à  l’amitié  naissante  entre Bacon et Giacometti. A la Fondation Giacometti créée en 1965 à Zurich  vient  s’ajouter  en  2003  la Fondation Giacometti à Paris, légataire universelle d’Annette, décédée en 1993.

Giacometti Caroline 1961 Collection Beyeler ©VB
Giacometti Caroline 1961 Collection Beyeler ©VB

Sources:

·       http://giacometti-stiftung.ch/index.php?sec=alberto_giacometti&page=biografie&language=de [dernier accès: 18.01.2018].

·       http://www.fondation-giacometti.fr/fr/art/16/decouvrir-l-œuvre/97/alberto-giacometti/98/reperes-biographiques/ [dernier accès: 18.01.2018].

·       Catherine Grenier, Alberto Giacometti, Paris 2017.

·       Reinhold Hohl, Giacometti. Eine Bildbiographie, Ostfildern 1998.

·       Biographie de Giacometti dans: Giacometti, catalogue d’exposition Le Fonds Hélène et Edouard Leclerc, Landerneau, Paris 2015, pp. 214f.

·       Biographie de Giacometti dans: Giacometti. L’œuvre ultime, catalogue d’exposition Galerie Lympia, espace culturel du Département des Alpes-Maritimes, Nice, Gand 2017, pp. 152–159.

·       James Lord, Giacometti. A Biography, New York 1985.

« Pour moi, l’art n’est qu’un moyen de savoir comme je vois le monde extérieur. » Alberto Giacometti

« Et en même temps je sais, que… elle [l’art] ne peut jamais être qu’un échec. Mais en réalité, cela n’est à travers l’échec même qu’on peut s’approcher un  peu. C’est  à dire  que le fait de réussir ou  rater,  cela  n’a plus aucun sens. » Alberto Giacometti

« Le chaos, pour moi, fait naître des images » Francis Bacon

L’Institut Giacometti ouvrira ses portes le 21 juin 2018

La Fondation Giacometti, Paris a le plaisir d’annoncer l’ouverture, le jeudi 21 juin 2018, à Paris, d’un lieu permanent inédit consacré à l’exposition, la recherche en histoire de l’art et la pédagogie. Présidé par Catherine Grenier, directrice de la Fondation Giacometti depuis 2014, l’Institut Giacometti a pour ambition de renouveler le regard sur l’œuvre de l’artiste et sur la période créatrice dans laquelle il s’inscrit. Il ouvrira au cœur du quartier Montparnasse où l’artiste a vécu et créé pendant toute sa carrière, dans un atelier historique réaménagé par l’architecte Pascal Grasso. Avec près de 350 sculptures, 90 peintures, plus de 2000 dessins, autant d’estampes, ainsi que des objets d’art décoratif, la Fondation Giacometti possède le plus riche fonds d’œuvres d’Alberto Giacometti au monde : une collection qu’elle a la charge de conserver, de restaurer et de présenter au public. La Fondation dispose également d’un remarquable fonds d’archives et de photographies, ainsi que d’une bibliothèque de référence sur l’art moderne. Ce patrimoine est resté en partie inaccessible au public depuis la mort de l’artiste en 1966. Cinquante ans après la disparition de celui-ci, l’Institut Giacometti ouvre ses portes au public. Il comprendra une reconstitution de l’atelier mythique de l’artiste, dont tous les éléments, mobiliers et œuvres sont conservés par la Fondation.

Musée à taille humaine, permettant une proximité avec les œuvres, l’Institut Giacometti sera également un centre d’études et un lieu de découvertes accessible à tout public.

L’Institut Giacometti est à la fois un espace d’expositions, un lieu de référence pour l’œuvre de Giacometti, un centre de recherche en histoire de l’art dédié aux pratiques artistiques modernes, et un laboratoire pédagogique. Le programme de recherche et d’enseignement est ouvert aux chercheurs, étudiants et amateurs. Conférences, colloques et master-class donnent la parole à des historiens d’art et conservateurs qui présentent leurs travaux et l’actualité de la recherche.

Informations pratiques Institut Giacometti

FONDATION BEYELER RIEHEN

Fondation Beyeler sculpture Thomas Schütte©VB
Fondation Beyeler sculpture Thomas Schütte©VB

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :