Le CAFFB de Saint-Louis à la Biennale de Venise

Le voyage du Club des Amis de la Fondation Fernet-Branca à la Biennale de Venise 2017

CAFFB Biennale de Venise 2017 PhotoTS
CAFFB Biennale de Venise 2017©Theodora Sugier
Venise Biennale 2017 PhotoVB
Venise Biennale 2017 ©VB

Comme nous sommes dans la région bâloise , c’est un peu difficile de clamer haut et fort que nous avons visité la plus grande manifestation d’art contemporain de la planète, la Biennale de Venise ,  sans risquer de nous fâcher avec les organisateurs de la Art Basel , ce que nous ne voulons à aucun prix naturellement , tout en relevant deux différences notoires : la Biennale est largement éparpillée dans la ville d’une part ,  nous étions donc bien chaussés dans la perspective d’en rater le moins possible . D’autre part, il semble qu’une plus grande place soit accordée à des artistes un peu moins présents sur le devant de la scène qu’à Bâle , si l’on ne tient pas compte du britanique Damien Hirst – laureat du Turner Prize en 1995 tout de même et au centre de 90 expositions personnelles depuis 1987 ) – répandu sans scrupule jusqu’à l’indigestion à la Punta della Dogana et au Palazzo Grazzi de François Pinault . Plus discrets bien que reconnus , Philippe Pareno ou Kader Attia par exemple  sont aussi de la fête.

Viva Arte Viva , voici le petit nom qu’a choisi la commissaire française Christine Macel , conservatrice en chef au Centre Pompidou , pour cette 57ème édition de la prestigieuse Biennale de Venise , et ça nous va ! Trois jours et demi pour la Biennale de Venise qui a pris fin le 26 novembre , c’est  beaucoup et peu à la fois . Nous nous sommes tout de même assez bien débrouillés  , arrivés en milieu d’après-midi le dimanche pour investir nos hôtels respectifs et nous rendre  rapidement au Palazzo Zenobio  à la découverte de l’exposition consacrée à l’artiste libanais Jean Boghossian, venu à Venise rendre hommage à ses racines en proposant l “Expérimentation continue “, un travail lié à  la transmission du patrimoine de la culture arménienne à travers des livres et de la calligraphie abstraite  utilisant le feu et la fumée comme matèriaux principaux. Très impressionnant.

Jean Boghossian Armenie Photo VB
Jean Boghossian Armenie©VB

Notre premier jour nous amène en toute logique à l’Arsenale – nous y prenons nos billets pour deux jours-  décidant de réserver les Giardini au lendemain, prêts pour découvrir ou redécouvrir 120 artistes , dont 103 jamais montrés à Venise, majoritairement entre 35 et 45 ans, répartis dans 87 pavillons nationaux , de quoi mobiliser nos regards et réveiller nos émotions à l’instar des 500 000 visiteurs attendus pour cette 57ème édition .Depuis 1999 , l’Arsenale est dévolu à la Biennale. Tour d’horizon dans le désordre: n’ayant aperçu de l‘installation de l’allemande Anne Imhof , Faust,  lauréate du Lion d’or , qu’une plaque de verre en guise de plancher creux , sans les dobermans et les performers rampants inscrits au scénario , difficile d’emettre une opinion , je m’abstiens donc . Bien sur , comme on retient surtout ce qui est spectaculaire ou ce qui occupe effrontément l’espace , Xavier Veilhan au pavillon français transformé en studio d’enregistrement méritait une halte : cette fois-ci nous sommes opportunément tombés sur une des improvisations musicales ( une centaine d’artistes se succèderont jusqu’au 26 novembre)destinées à valoriser l’expérience acoustique proposée dans un caisson de bois jouant avec les résonnances; installation inspirée du Melzbau de Kurt Schwitters . Comme on aime le gigantisme , le cheval de l’Argentine Claudia Fontes , sorte de machine de guerre stoppée dans sa charge par la main démesurée d’ une jeune fille frêle en jupette , a indiscutablement fait son effet , bien qu’ un peu déstabilisant pour les amoureux des chevaux dont je suis , bien que rappelant un axiome utile pour les pratiquants : ” les chevaux ont peur de deux choses : tout ce qui bouge et …tout ce qui ne bouge pas ” A méditer ! Ce qui est multiple peut s’avérer aussi spectaculaire que ce qui monumental, ainsi les 1500 masques réalisés par 40 artisans de la communauté indigène Mapuche  installés  en cercle par Bernardo Oyarzun au Pavillon Chilien .

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Explosion de couleurs réjouissante chez l’américaine Sheila Hicks qui a élevé une montagne de gros pompons de laine multicolores dans lequel on a juste envie de se jeter , sobrement intitulé Le Mur

Sheila Hicks Escalade beyond chromatic lands Nebraska USA©VB

(2017); Sheila Hicks beneficiera d’une rétrospective à Beaubourg en février 2018. Le pavillon principal s’ouvre sur l’atelier de couture géant du Taiwanais Lee Mingwei où des centaines de bobines de toutes les couleurs accrochées au mur sont reliées à un tas de vêtements usagés rapiécés sous vos yeux , une allusion à un  quotidien qui impliquerait le partage. Le Chinois Liu Jianhua nous promène dans un dédale de flaques cuivrées en porcelaine délicatement déposées au sol comme autant de gouttes de mercure écrasées du plus bel effet . Continuons notre promenade pour admirer les statues de cire realistes modelées par  Francis Upritchard – artiste au féminin- de la Nouvelle-Zélande au pavillon des Traditions . Le pavillon de la Chine en toute délicatesse expose les découpages topographiques assemblant des milliers de personnages que l’artiste Wu Jianan a nommé poétiquement “ la naissance de la galaxie”  . Par contre , il nous a fallu avoir le coeur bien accroché pour supporter la visite christique morbide du pavillon italien, une interprétation de la crucifiction par l‘Italien Roberto Cuoghi à

Roberto Cuoghi Pavillon italien ©VB

laquelle on ne peut accéder qu’en traversant un tunnel de plastique peuplé de part et d’autre de corps parvenus au stade de péri-décomposition . Ayant fait le déplacement de Bâle ,  difficile de passer outre le Pavillon Suisse et l’hommage à Alberto Giacometti qui avait exposé ses Femmes de Venise en 1956 au Pavillon Français ; on y découvre les sculptures metalliques de l’Américaine Carol Bove en référence à des oeuvres tardives du sculpteur. A propos d’Amérique , c’est l’artiste plasticien Mark Bradford qui a été choisi pour représenter son pays ( bien avant l’avènement de Trump ) dont il propose une vision personnelle sombre voire répugnante à en juger par les détritus répandus au sol à l’extèrieur, exposition dont le titre ” Tomorrow is Another Day “ laisse pourtant quelque espoir. Comme le Français Michel Blazy nous est devenu familier depuis que nous avons découverts ses baskets végétales lors de la dernière Art , nous avons sans peine reconnu ses  balais de Sorgho enracinés , aperçu il y a quelques années au Schützenmattpark de Bâle.

La Biennale de Venise est aussi un évènement outdoor plutôt réjouissant . Ainsi , en longeant la Corderie de l’Arsenal a-t-on pu voir …et entendre l’oeuvre de l’artiste polonaise Alicja Kwade , une succession de sphères de différentes tailles  qui semblent être faites de marbre et résonner de notes familières. Devant le pavillon de l‘Autriche , on s’amuse avec le facétieux Erwin Wurm à se mettre en mouvement autrement : à l’envers dans le camion disposé à la verticale , ou dans tous les sens à l’intèrieur d’une caravane à trous. En sortant du Mondo Magico de l’Italie , pour se consoler de la visite des Christs disloqués de Roberto Cuoghi , nous sommes tous restés un long moment sous les arches à admirer la perfection des reflets dans l’eau où l’artiste japonais conceptuel Kishio Suga ( proche de Lee Ufan que nous avions vu à la Fondation Fernet-Branca en 2004) avait disposé une série de pierres figurant son oeuvre Law of Situation . L’art contemporain , c’est aussi la video , comme celle du chilien Enrique Ramirez , Un hombre que camina ,une vision onirique du passage de vie à trépas dont on suit avec lenteur et fascination le personnage principal terminant son périple en fanfare dans un décor ectoplasmique ciel-mer mêlés en un plan final à la Kusturika.

Enrique Ramirez video Chili ©VB

Sortons prendre l’air ! Pour se mesurer aux naïades de Carole Feuerman , au giardino della Marinaressa , un spectacle vraiment réjouissant jouxtant les tortues  et le Rhino Kingkong du pavillon des Seychelles . Les belles sont si réalistes qu’on s’attendrait à les voir plonger dans une eau limpide placée là tout exprès ; je dois avouer un penchant certain pour la sculpture hyperrealiste  et préférer pour l’heure la douceur sereine des  filles de Carole Feuerman aux  personnages torturés , voire morts  de l’australien Ron Mueck ( super exposition à la Fondation Cartier  en 2013 ), bien que les américaines en bigoudis de Duane Hanson présentés au Musée National de Monaco en 2016 aient aussi emporté mon enthousiasme. Impossible de louper le Golden Tower de James Lee Bryars , eh oui , tout ce qui brille nous plaît !

Carole Feuerman PhotoVB
Carole Feuerman ©VB

Déambuler entre les pavillons nationaux des giardinis , réclame parfois une pause dejeuner ou goûter , belle occasion de s’arrêter devant la cascade multicolore du britanique Ian Davenport ,  Giardini Colourfall ,une oeuvre totalement hypnotique de 14 mètres sur 4,  constituée de 1000 lignes de peinture acrylique,  commise en collaboration avec  la firme Swatch  qui a tout de suite flairé l’interêt …artistique en éditant une montre à l’image de l’oeuvre ( seulement 1966 pièces disponibles dans certains magasins de Venise ) comme elle l’avait fait déja pour Sam Francis .

Ian Davenport Giardini Colourfall photoVB
Ian Davenport Giardini Colourfall.©VB

Pourquoi ne pas faire un tour au Museo Correr , le musée historique de la ville au bout de la place Saint-Marc ? Nous y avons découvert l’exposition de l’artiste iranienne  Shirin Neshat , photographe et realisatrice , The Home of my Eyes , une série de 26 photos-portraits en noir et blanc d’hommes , de femmes et d’enfants  d’Azerbadjian ,  mains jointes en référence aux représentations religieuses du Greco  , dont l’effet multiplicateur est saisissant ; en y regardant de plus près , on aperçoit des textes retranscrits sur les visages , les mains et les bras des modèles. Shirin Neshat a interrogé chacun des personnages sur l’idée qu’ils se faisaient de leur identité culturelle et du concept de patrie , ce sont ces textes qui sont calligraphiés à même la peau comme ceux du poète iranien du 12ème siècle  Nizami Ganjavi. Shirin Neshat , née en 1957 , vit et travaille à New-York .

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Nous avons terminé notre séjour venitien en balade entre le Palazzo Grazzi envahi par les sculptures acquatiques recouvertes d’algues , de coraux et de coquillages de Danien Hirst – oui , encore lui- reproductions imaginaires de trouvailles remontées de l’ épave de l’Incroyable , 200 objets incroyablement …hideux , mais l’art n’a rien à faire avec l’esthétique n’est-ce pas ? Retournant sur nos pas , quel plaisir ce fut pour nous d’admirer les sculptures de verre et d’os du belge Jan Fabre, douillettement nichées dans les salles du couvent de l’abbaye San Gregorio , avant de retrouver la collection de Peggy Guggenheim au Palazzo Venier dei Leoni  gardé par le cavalier heureux de Marino Marini, collection éblouissante laissant la place d’honneur qui leur revient aux plus grands artistes du siècle passé, Modigliani , Giacometti , Kandinsky, Bacon , De Kooning, Pollock …

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En guise de fil d’Ariane , la Biennale de Venise se préoccupe de tisser des liens entre les artistes  contemporains et le public , défi plutôt réussi pour cette 57 ème édition si l’on compte le succès en nombre d’afficionados : 615 152 – record absolu- +23% par rapport à 2015-  dont les enthousiastes Amis de la Fondation Fernet-Branca de Saint-Louis . Certes , nous n’avons pas vu le travail des 120 artistes exposés mais aucune frustration de ce côté car , faut-il le rappeler , se rendre à la Biennale de Venise , c’est aussi se rendre à …Venise à laquelle il serait criminel de ne pas accorder toute l’ attention que mérite la Serenissime . Dont acte, petit millier de photos à l’appui !

L’acte artistique est un acte de résistance , de libération et de générosité / Christine Macel pour la BIENNALE DE VENISE , une exposition inspirée par l’humanisme.

«Viva Arte Viva»

Kishio Suga Law of Situation Japon Photo Christian
Kishio Suga Law of Situation Japon Photo Christian

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