L’esprit français Contre-cultures à la Maison Rouge

L’esprit français Contre-cultures à la Maison Rouge 1969-1989 jusqu’au 21 mai 2017

Une exposition collective et thématique, conçue par les commissaires Guillaume Désanges et François Piron.

Michel Journiac Hommage Au putain inconnu 1973©VB
Maison Rouge Esprit Français Roland Topor©VB

De la Figuration Narrative à la violence graphique de Bazooka, des éditions Champ Libre à la création des radios libres, de Hara-Kiri à Bérurier Noir, cette exposition rend compte d’un « esprit français » critique, irrévérencieux et contestataire, en proposant une multitude de filiations et d’affinités.

L’exposition assume une forme de révision esthétique, en allant regarder vers d’autres « genres »de la création que ceux généralement mis en avant dans l’art contemporain. A travers une soixantaine d’artistes et plus de 700 oeuvres et documents, elle rassemble à la fois journaux, tracts, affiches, extraits de films, de vidéos et d’émissions de télévision, issues des archives de l’Institut national de l’audiovisuel (Ina), partenaire du projet et dont le fonds, riche de programmes iconoclastes, se fait l’écho de cet « esprit français ».

C’est aussi l’occasion de présenter des pièces rarement montrées telles que des carnets du groupe Dziga Vertov (fondé par Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Gorin), une sculpture monumentale de Raymonde Arcier ou les « livres d’école » d’Henri et Marinette Cueco ainsi que de passer commande d’oeuvres inédites à Kiki Picasso (Il n’y a pas de raison de laisser le blanc, le bleu et le rouge à ces cons de français, 2016-2017), Jean-Jacques Lebel (L’Internationale Hallucinex, 1970-2017) et Claude Lévêque (Conte cruel de la jeunesse, 1987-2017).

Maison Rouge Esprit Français ©VB

La France est un pays qui ne s’aime pas, mais qui ne peut se penser ailleurs qu’au centre d’un modèle culturel, où l’auto-référentialité et l’autocélébration vont de pair. Au sortir des années 1960, une génération est marquée par la  pensée 68  qui mêle toutes les libérations, politiques, sociales, d’esthétiques et de modes de vie, tout en se maintenant dans un quasi statu quo politique.

Cette situation va durablement marquer différentes formes de contre-cultures, mouvements d’émancipation et de contestation, et sans le savoir, créer de nouvelles formes d’avant-garde où les cultures populaires (cinéma, rock, bande dessinée, journalisme, télévision, graffiti…) influent sur les champs plus traditionnels de la culture (littérature, philosophie, art contemporain, théâtre).

Elles forment une nébuleuse trouble de pratiques autonomes qui circulent avec fluidité entre ces champs, témoignant d’un singulier esprit français , mélange d’idéalisme et de nihilisme, d’humour caustique et d’érotisme, de noirceur et d’hédonisme. De fait, il semble qu’une humeur spécifique imprègne les marges françaises : de l’émergence d’un  mouvement de la jeunesse , grandi à l’ombre de la  société du spectacle  de Guy Debord, irrévérencieux, arrogant, politiquement équivoque,  la crise qui devient le motif central de la politique, de Giscard à Mitterrand.

A partir de cette matrice diachronique (L’esprit français) et synchronique (la pèriode 1969-1989), il s’agit de jouer à profiler  une impossible identité en explorant ses chemins de traverses, ses branches alternatives, qui sont paradoxalement le terreau d’une excellence reconnue à l’export . Le projet privilégie donc les figures déviantes, les antihéros, les créateurs à côté de l’histoire admise soit parce qu’ils furent trop marginaux, soit parce qu’ils furent trop mainstream.

L’Homme à la tête de choux Claude Lalanne 1970 Collection Charlotte Gainsbourg©VB

Sexualités, militance, dandysme et violence opèrent comme des fils rouges dans l’exposition qui s’organise en chapitres notamment consacrés aux contre-éducations, au sabotage de l’identité nationale, mais aussi à l’influence du Marquis de Sade sur certaines pratiques radicales. Les modes de production et de diffusion alternatives dans la presse et les médias, en même temps que la persistance d’une violence contestataire et sa répression tout aussi brutale, construisent aussi un paysage social qui s’assombrit, sur fond de crise, d’émergence du chômage de masse, de ségrégation et d’une banlieue trop froide ou trop chaude qui catalyse les malaises.

Cette cartographie inédite et subjective de personnalités diverses balaye tous les champs de la création : arts plastiques (Lea Lublin, Pierre Molinier, Pierre Klossowski, Michel Journiac, Claude Lévêque, Daniel Pommereulle, Jacques Monory, Françoise Janicot…), arts graphiques (Roland Topor, Olivia Clavel, Kiki Picasso, Pascal Doury…) littérature et pensée (Félix Guattari, Guy Hocquenghem…), musique (Marie-France, Serge Gainsbourg, Bérurier Noir…), théâtre (Copi, Jean-Louis Costes…), cinéma et vidéo (Carole Roussopoulos, Jean-Claude Averty, Paul Vecchiali, Jean-Pierre Bouyxou…), mais elle explore aussi des lieux emblématiques comme la clinique de La Borde, la cité de la Grande Borne, le trou des Halles ou le Palace.

Au nom du père (1977) Raymonde Arcier©VB

En France, de la contre-culture à la sous-culture, il n’y a qu’un pas. Beaucoup parmi les artistes montrés, ont d’ailleurs fait le choix volontaire et manifeste de ne pas aller vers l’art, tout en restant à côté, parfois tout proche, comme pour y puiser sans en subir les prescriptions. D’autres, à l’intèrieur même de ce champ, sont restés fidèles, à des manières qui ne se faisaient pas : figuration, caricature, ethnographie, militance politique. Autant de dissidences esthétiques qui sont des formes de résistance à un ordre formel des choses et qui viennent redonner de la diversité à une histoire de l’art français un peu monochrome à travers la convocation d’idées et de pratiques singulières, qui furent un temps marginalisées, il s’agit, sans nostalgie, d’éclairer des mutations culturelles mais aussi de réactiver certaines énergies au présent.

Biographies des commissaires

Guillaume Désanges est commissaire d’exposition et critique d’art. Il dirige Work Method, structure indépendante de production. Parmi ses derniers projets: Erre (2011, Centre Pompidou Metz); Amazing! Clever! Linguistic!, An Adventure in Conceptual Art (2013, Generali Foundation, Vienne, Autriche); Une exposition universelle, section documentaire (2013, Louvain-la-Neuve biennale, Belgique), Curated Session #1: The Dora Garcia files (2014, Perez Art Museum, Miami, USA), Nil Yalter 1973/2015, (2015, La Verrière Bruxelles), Ma’aminim / Les Croyants (2015, Musée d’art et d’histoire, Saint-Denis

& Tranzitdisplay, Prague, Rep. Tchèque), The Méthode Room (2015, Chicago, USA), Poésie balistique (2015, La Verrière Hermès, Brussels, Belgique).

François Piron est commissaire d’exposition et critique d’art. Il co-dirige la maison d’édition Paraguay à Paris et enseigne l’histoire et la théorie de l’art contemporain depuis 2002 à l’Ensba Lyon, où il coordonne le programme post-diplôme.

Parmi les expositions qu’il a organisées: Habiter poétiquement le monde (LAM, Musée d’art contemporain, Villeneuve d’Ascq, 2010) ; Locus Solus, Impressions de Raymond Roussel (Museo Reina Sofia, Madrid et Fondation Serralves, Porto, 2011-2012) ; Nouvelles Impressions de Raymond

Claude Lévêque Conte cruel de la jeunesse©VB

Catalogue de l’exposition

La France aux Français Charlie Charlie ©VB

 Un catalogue co-édité par La maison rouge et les éditions La Découverte, sous la direction de Guillaume Désanges et François Piron, accompagne l’exposition, avec des contributions de: Philippe Artières (historien), Thibaud Croisy (metteur en scène, écrivain), François Cusset (sociologue, historien des idées), Alexandre Devaux (critique, historien de l’art), Fabienne Dumont (historienne de l’art), Julien Hage (historien), Antoine Idier (écrivain, chercheur), Nathalie Quintane (écrivaine), Kantuta Quiros et Aliocha Imhoff (commissaires de la plateforme « Le peuple qui manque »), Elisabeth Lebovici (critique et historienne de l’art), Olivier Marboeuf (écrivain, directeur de l’espace Khiasma, Les Lilas), Peggy Pierrot (activiste, sociologue), Sarah Wilson (historienne de l’art). En vente à la librairie Bookstorming 320 pages, 18 x 25 cm, français 35 €

La Maison Rouge Paris

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