L’Opéra de Paris par Jean-Stephane Bron

mardi 13 juin 2017 par

Jean-Stephane Bron Bâle Kultkino 2017 Photo VBJean-Stephane Bron Bâle Kultkino 2017©VB

La vraie vie de l’Opéra de Paris par Jean-Stephane Bron : un monde fou ! 

Dimanche matin au Kultkino était projeté le dernier documentaire de Jean-Stephane Bron , l’Opéra de Paris ou les tribulations d’une équipe de professionnels qui , au complet , compte 1600 personnes ! Autant dire que le travail du Suisse se place cette fois-ci  exactement aux antipodes de son ” Expèrience Blocher “, tète-à-tête instructif avec le leader UDC sorti en 2013 .

“Je ne connais rien à l’ Opéra !”Ce n’est donc pas spécialement par goût que le réalisateur  vaudois nous entraîne dans ce temple de l’Art Lyrique . Il s’est cependant infiltré durant 18 mois – janvier 2015 à juillet 2016-  au coeur de l’Opéra Garnier à Paris car son objectif était de montrer  le fonctionnement  d’une telle institution de l’intèrieur ,  par un prisme plus humain que technique , comme à son habitude . C’est sur les conseils de son producteur Philippe Martin (  Pelleas  Films) que JS Bron s’est engagé dans cette plongée  à l’aveugle  .”Tout était à découvrir et c’est toujours un bon point de départ : l’envie d’en savoir plus”. L’Opéra de Paris a connu en 2015 de grands bouleversements qui sont venus nourrir son film : l’arrivée de Stephane Lissner comme nouveau directeur et celle de Benjamin Millepied comme directeur du Ballet. “ j’ai eu tout de suite une vision exacte de la façon dont j’allais m’y prendre , j’espère que vous me croyez.”

Au début, il n’a pas du tout été évident de convaincre  Stephane Lissner dont la carrière prestigieuse a de quoi intimider : 9 années à la Scala de Milan , directeur du Festival International d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence, directeur du Châtelet…C’est le  dernier RV qui l’a décidé . Lorsque je suis entré ,par un heureux hasard,  il était en train de lire dans le Monde un article sur L’expèrience Blocher  : maintenant , je sais ce que vous faites , c’est OK !

Axiôme 1 : à l’Opéra de Paris , la perfection est perfectible .

Il a fallu 130 jours de tournage pour filmer les coulisses , l’âme de l’Opéra : chanteurs , danseurs , regisseurs, costumières , maquilleurs , personnel de ménage… une véritable armée en marche  au sein de laquelle chacun joue un rôle déterminé pour un objectif commun :  le succès de la prochaine représentation. C’est ce principe du collectif qui doit composer avec les individualités des uns et des autres pour enfanter finalement une creation artistique la plus proche de l’excellence , qui force à la fois l’admiration et l’incrédulité et que JS Bron met à l’honneur .

Avec lui , suivons les protagonistes . D’abord , Stephane Lissner , maître en ces lieux, omniprésent , Dieu en quelque sorte – c’est d’ailleurs ainsi que le nomme Micha , le jeune baryton russe  : Gott – . Monsieur le directeur a les épaules- très-larges : ici ,  tout est sujet à problématique à résoudre : le prix des billets  ( rentabiliser l’Opéra c’est vendre 70 millions de billets, comment baisser à 150 € des billets  pour l’heure à 230€? ) , dois-je me placer à côté du Président Hollande  ? comment gérer la grève annoncée d’une partie du personnel ? Pire ,  la défection de Millepied ? Et  le chanteur empêché par une angine qu’il faut remplacer au pied levé ?Et  Easy Rider , le taureau figurant Israel pour Moïse et Aaron qui doit jouer l’acteur avec conviction et dans le calme s’il vous plaît même à l’écoute de Schönberg en boucle ! De quoi se ronger les ongles mais pas abandonner.

Et puis , il y a les autres : Philippe Jordan , nouvellement nommé Directeur Musical de l’Opéra de Paris  perturbé par le Tempo des musiciens : ça presse trop ! on est trop rapide , partout ailleurs , les musiciens sont trop lents , chez nous  , ça presse tout le temps , pourquoi ? Il y a la soliste  Olga Peretyatko qui transpire si abondamment  pour Rigoletto que son habilleuse doit  rester juste derrière le rideau armée de Kleenex et d’une bouteille d’eau ; il y a la danseuse qui s’effondre épuisée en quittant le plateau. Il y a les choristes qui refusent de se positionner en diagonale et que l’on doit choyer car ils se sont préparés durant toute une année, il y a le chanteur qui n’arrive pas à prononcer le R de Wurst. (nous fait penser à Bacri qui répète inlassablement le THE cher aux britanniques une fois qu’il a enfin capté le truc de la place de  la langue contre le palais )

Axiôme 2 : à l’Opéra de Paris  , la lumière produit de l’ombre .

Dit d’une autre façon : derrière le rideau de scène se trouvent les coulisses, et c’est là que JS Bron  promène sa caméra ( seulement 2 objectifs fixes dont un 50mm équivalent à notre vision ) . Il ne s’interesse pas au produit fini mais à tout ce qui le précède , c’est-à-dire , le travail de chacun en fonction de ses compétences , une mise en commun de moyens qui permet d’aboutir à un résultat approuvé par tous. La prouesse du réalisateur est de mettre en avant  l’humanité , les sensibilités individuelles à l’oeuvre qui apportent leur signature , plus ou moins modeste à l’évidente splendeur  de l’Opéra : une fourmilière qui héberge des hommes et des femmes au service les uns des autres filmés en gros plans impitoyables et dont la solidarité est la vertu qui sert de fil d’Ariane comme la régisseuse , sorte de metronome faite femme qui chante l’ait d’opéra qu’elle doit régler.

JS Bron nous emmène par la main pour suivre ceux qu’il a choisi comme héros du jour . Nous les accompagnons ainsi jusque dans les moments de doute ou  les instants de solitude : Lissner seul dans son immense bureau en dialogue muet avec un Paris observé par la baie vitrée . Le même , imposant une minute de silence en hommage aux victimes du Bataclan , obeï par l’Opéra tout entier , des pompiers aux cuisiniers , un moment d’une immense émotion , imbriqué  par malheur dans le film de Bron . Micha , le jeune chanteur russe en proie au doute puis tellement fier d’entendre une star comme le célèbre Baryton- basse britannique Bryn Terfel lui proposer la préparation de ” Boris Godounov “. Il faut dire que Micha Timoshenko ,  sorti de son petit village de l’Oural  , le gars qui passe son temps à s’excuser  timidement de ne pas parler correctement le français ou l’anglais , parle quand même allemand parfaitement et russe évidemment , mute totalement dès qu’il chante : sa voix de baryton ébranle carrément les murs . Et puis , il y a Ursula Naccache , une femme d’une grande et douce empathie et l’une des responsables du programme Petits Violons , qui offre , grâce à un mécénat privé, la possibilité à une classe d’enfants de CM2 issus de ZEP , d’apprendre un instrument durant 3 années dans le cadre de l’Opéra., action en adéquation avec la vision  du directeur : ouvrir l’Opéra à la jeunesse.

Il y a un principe dans le documentaire : on capte quelque chose qui se produit et il se produit quelque chose parce qu’on le capte Jean-Stephane Bron 

 

SEANCES AU KULTKINO

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