Le malade imaginaire de Molière se jouait au Théâtre de Bâle

Le malade imaginaire : galerie de portraits typiques

Classiquement , dans la bande à Moliere côté scène , on retrouve le vieux grincheux, radin ,acariâtre, hypocondriaque, atrabilaire ,bête et méchant ( Argan , tartuffe, Harpagon…).Puis, les servantes et serviteurs toujours potes avec les grands enfants amoureux contrariés par les décisions du père.Enfin , les parasites cupides et malins qui tournent comme des requins autour de l’infortuné fortuné , personnage central de la pièce , ici Argan .

Le malade imaginaire Théâtre de Bâle©VB

Le pitch du Malade imaginaire , dernière comédie-ballet écrite par Molière : Argan (André Marcon)  , le père , fort occupé de sa petite personne à réactualiser ses entrailles aidé de son médecin adepte du Clisthère grand format. Argan est flanqué de Béline ( Catherine Matisse) , l’ épouse zélée très empressée auprès de son époux ventripotent et maladivement capricieux qu’elle appelle étrangement  Mon fils . Argan a deux filles issues de sa première union , la petite Louison et sa soeur aînée Angélique ( Jeanne Lepers, fantastique , un énorme potentiel comique qui me l’a faite imaginer en compagne distraite de Pierre Richard dans la Chèvre ) . Comme partout chez Molière , l’amour est contrarié , ici la douce Angélique est éperduement éprise de Cléante , l’amant  en devenir qui en pince pour la belle depuis au moins 6 jours . Las , le père a promis sa fille ainée à un autre ,Thomas ( Bruno Ricci affligé d’une mèche envahissante , hilarant en zébulon déclarant une flamme fictive à sa future épouse) ,  le fils de son médecin Monsieur Diafoirus ( Jean-Marie Frin bedonnant accoutré de velours vert comme son extravagant rejeton . Vert ?! la couleur du malheur au Théâtre , celle qui nous rappelle que Molière fut foudroyé à la fin de la 4ème représentation de son Malade Imaginaire) , illusoirement fin lettré par procuration prompt à à convoler avec sa dulcinée au désespoir. Et puis , il y a Toinette ( Agnès Sourdillon , comédienne – athlète si l’on en croit les kilomètres parcourus sur scène pour prendre le parti de l’un ou de l’autre avec une conviction égalitairement bruyante et communicative).

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Molière définitivement intemporel

Comme aime à le rappeler Michel Dydim , Molière reste bien ce génie de la langue française qui a toujours lutté contre l’obscurantisme, l’oppression , le fanatisme, notamment religieux, il n’a pas non plus hésité à fustiger le ridicule pédant et incompétent des médecins de la faculté de Paris . Déja , en 1673, Molière nous enseignait simplement  l’art et la manière d’être français , un autre mot pour opposition raisonnée ou sens critique en éveil ! Les médecins , la mort , la maladie , sont des thèmes que Molière aime à chahuter – le rire éloigne les larmes , c’est bien connu- ainsi , le bal des charlatans qui accompagne l’intronisation d’Argan au sein de cette honorable confrérie pétrie d’un langage d’expert vaguement latinisant avait-il déja comme predecesseurs un Sganarelle mué en savant par la magie du vêtement tout comme Toinette dans le Malade-même. La médecine du XVIIème , comme la joue Argan , propulsé directement de son fauteuil de pré-moribond au trône de grand docteur – à défaut de celui de Louis XIV – , consistait à traîter la maladie avec une constance persévérante au moyen de trois méthodes : le clisthère , la saignée et la purge . Molière nous rappelle aussi comme au XVII ème siècle , dans la vraie vie , la bataille fait rage entre les circulationnistes et les non-circulationnistes , c’est-à-dire , les partisans du sang circulant – les modernes- et les autres , exactement à l’image de la terre suggérée ronde à son époque fit s’étriper des hordes de convaincus de part et d’autre . Il faut lutter à toute force contre les idées rétrogrades et l’obscurantisme lié aux superstitions , là est le sujet de Molière , Ô combien d’actualité.

Chez Molière , il nous faut débusquer la motivation sincère de la farce drôlatique car le comique est toujours au bord du tragique.

THEÀTRE DE BÂLE

Prochaine pièce : les Evènements de David Greig Mise en scène Ramin Gray avec Romane Bohringer et le Choeur espace Choral de Delémont dimanche 14 mai 2017 19h30 Schauspielhaus

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :