Manu Katché était au Burghof Lörrach

Manu Katché Burghof Photo VB

Manu Katché lâche provisoirement le jazz pour l’électro

Lorsque j’ai vu Manu Katché au Jazz Festival de Bâle , l’an passé , j’ai titré l’article , retour au jazz – qu’il n’avait pourtant pas vraiment quitté- il présentait alors son dernier opus Unstatic (Ne cherchez pas , le titre ne veut rien dire ) interprété par le quintett formé avec le trompettiste  Lucas Aquino, le saxophoniste Tore Brunborg , la contrebassiste Ellen Andrea Wang  , Jim Watson aux Keyboards et Niels Landgren au trombonne . Ce 6ème album solo résonnait davantage de tonalité soul , une petite merveille de douceur soignée,  du baume au coeur à l’image d’une remarque de Manu Katché à ses musiciens avant d’enregistrer ” C’est super mais , you have to be a big more relax and that’s it ! )

Manu Katché Burghof©VB

Cette fois-ci , Manu Katché prévient l’assemblée : que ceux qui s’attendent à écouter du jazz soient prêts à la surprise ; “non pas que j’ai abandonné le jazz , mais disons que j’ai eu envie d’autre chose , plus rock , plus groove , plus pop, c’est ce que j’ai recherché pour mon nouvel album , Scope , dans lequel je me suis associé au jeune  guitariste  Patrick Manouguian et au bassiste Jerôme Regard. C’est seulement la deuxième fois que nous interprétons Scope , ou une partie – 5 morceaux ne sont pas encore enregistrés- , la première fois il y a 15 jours à Téhéran ( oui , là où la victoire de la révolution islamique interdisait la musique en 1979 , la roue tourne ! nda)

Conversation sur canapé avec Manu Katché : 15 minutes chrono

Merci à Mika de m’avoir laissé voler quelques instants à Manu Katché avant le concert du Burghof . Je n’ai pas eu envie de parler avec Manu des amis musiciens avec lesquels il a croisé ses baguettes magiques , si nombreux et ancrés dans notre culture musicale que cela  m’aurait à tous les coups  donné l’impression de m’entraîner au name dropping – citons quand même Peter Gabriel , Sting  et pour le plaisir  Jonasz , Raoul Midon , Richard Bona, Youssou N`Dour,  Manu Dibango, Al Di Meola, …Oui , Manu Katché a bon goût ! ). En fait , le meilleur moyen de faire un brin de chemin avec Manu Katché et  ses potes musicos, est de feuilleter son Road Book , number one , celui qu’il a consacré à ses amis américains , en attendant de s’en aller débusquer les frenchies du second tome : ” il est presque terminé , il sortira  au premier trimestre 2019 chez Grasset ,”  précise Manu ,” il se décompose en 3 parties , l’une qui poursuit le chemin chronologique du premier tome, la seconde est plus introspectif , elle est centrée sur la vie du batteur que je suis, la troisième paraît sous forme de deux conversations avec des amis batteurs comme moi.

Pour ma part , c’est la troisième fois que j’assiste à un concert de Manu Katché , la première fois remontant à quelques années , pour un inoubliable moment passé  dans les environs de Nîmes , aux carrières de Junas  exactement , où Manu a donné à nouveau un concert l’an passé me dit-il. Toutefois , et  quitte à manquer furieusement de la délicatesse la plus élémentaire , je ne peux m’empêcher de lui demander si ce n’est pas un peu schizophrénique d’avoir été très tôt reconnu par ses pairs et d’être devenu une star populaire  grâce en partie à sa participation en qualité de jury de  … la Nouvelle Star. ” Il n’y a pas d’incompatibilité véritable , l’émission de M6 ne m’a pas nui car  en qualité de jury , j ‘ai été toujours franc et honnête et ma participation à l’émission – 2004 à 2007-a donné l’occasion  et l’envie à certains de découvrir le jazz ; tout cela était plutôt positif.” Du coup , je m’enquiers du destin écourté de l’émission One Shot Not animée par Manu Katché et Alice Tumler sur Arte de 2007 à 2011 , au cours de laquelle des noms comme Keziah Jones , Jan Garbarek, Calvin Russell , Manu Chao, Stacy Kent, Aloe Blacc, Marianne Faithfull…sont sortis au générique comme autant de preuves qualitatives ; Manu Katché explique alors que l’émission s’est arrêtée du fait du départ des producteurs  dont les successeurs se sont interessés à d’autres projets ; la question de l’audience n’a pas été le critère d’arrêt.

Comme nous sommes sur le sujet de la présence médiatique et que Manu Katché s’est aussi essayé à la BO de films ( voir La très très grande entreprise  2008, Black Mic Mac2, Un indien dans la ville), je ne résiste pas à l’envie de demander à ce grand professionnel son avis sur le film Whiplash qui contait les déboires d’un jeune apprenti batteur aux prises avec son sadique de prof ( Jonathan Kimble Simmons , oscarisé du coup , on aime bien récompenser les méchants ! ). Réponse : ” plutôt un bon film ; une telle violence n’existe pas en Europe mais aux Etats-Unis , elle peut s’expliquer . Les universités crééent des équipes de sport qui s’affrontent avec conviction ; pareil pour les groupes formés par des jeunes musiciens ; on se pousse du coude avec plus ou moins de force pour être acceptés dans une école réputée ; ça n’est pas comme ça en France où il n’existe pas d’école de jazz.

Patrick Magounian Jerôme Regard Burghof ©VB

The Scope : retour à la pop , bienvenue à l’electro

Don’t worry for him ! Manu Katché est très heureux de passer provisoirement à quelque chose de plus léger , de plus populaire que le jazz , quelque chose entre la soul , la pop et le rock ; au Burghof de Lörrach , non sans  avoir lâché quelques morceaux jazzy dont on a l’habitude comme le délicieux Song for her et l’indispensable Drum solo histoire qu’on se souvienne à qui l’on a à faire,  voilà  les écrans qui débarquent sur  la scène pour injecter des voix électroniques à moins qu’elles ne sortent de la bouche même de Manu Katché , le batteur ; très reussi le virage à 180 ° , Manu Katché est – presque -parvenu à entraîner le public , assez frileux ceci dit , à le suivre en reprenant le refrain ; merci Mister Manu Katché , comme dirait Peter Gabriel – (écoutez l’album So live ) ; on en redemande ! ” Ce qui compte , c’est le partage , des genres musicaux d’abord qui mêlent les influences diverses- soul , jazz, rock, blues –  , le partage avec le public , avec les musiciens,   prendre des chemins de traverse et aussi mettre en avant la jeune génération ; l’idée qui prime est de valoriser la creativité et transmettre l’envie”.

Manu Katché est partie prenante de la Montreux Jazz Artists Foundation qui organise chaque année pour les jeunes talents les célèbres concours de voix, de guitare et de piano solo, des workshops ainsi que des créations musicales dans des lieux insolites.

The Scope sera bientôt dans les bacs, 5 titres attendent l’enregistrement; la maquette vinyl  sera realisée par le photographe Arno Lam.

MANU KATCHE

BURGHOF LÖRRACH

 

Laisser un commentaire