Marina Abramovic était à la Fondation Beyeler

Marina Abramovic Petra Giloy -Hirtz modératrice Fondation Beyeler ©VB

Marina Abramovic était conviée à la Fondation Beyeler pour une conversation avec l’auteure et psychanalyste Jeannette Fischer  pour son livre «Psychoanalytikerin trifft Marina Abramović»

Marina Abramovic Fondation Beyeler ©VB
Marina Abramovic Fondation Beyeler ©VB

Deux ou trois choses que nous savons de  Marina Abramovic

Depuis les années 70 , l’artiste serbe Marina Abramovic a établi sa réputation internationale autour de son travail de performeuse , utilisant son corps à la fois comme sujet et comme instrument,  souvent interactif avec le public, un des plus spectaculaires restant celui que l’artiste a commis au MOMA en 2010 , The artist is present : performance-marathon au cours de laquelle Marina assise face à une personne du public yeux dans les yeux , 7h30  par jour , 6 jours par semaine pendant 3 mois , sans manger, boire, ou se lever, un exploit d’endurance mentale et physique d’une violence extrême auto-infligée restée à jamais dans tous les esprits , en tout cas , assurément le petit million de personnes ayant assisté à la performance -parmi lesquels Lou Reed , Sharon Stone , Isabelle Huppert qui n’ont pas fait la queue – dont certains , acculés au seul refuge intèrieur n’ont trouvé d’autre soulagement que les larmes , les yeux seraient donc bien le miroir de l’âme , un sas à émotions toujours près de l’implosion . Marina Abramovic a une mission :  bouleverser le rapport du public à l’Art et c’est pour appliquer cette démarche intellectuelle qu’elle décide de créér un institut des arts immatèriels de la performance ( Hudson au nord de New-Yorkdont la musique est , à son sens,  un représentant essentiel. L’institut « Marina Abramovic pour la préservation de la performance artistique », serait un lieu de formation avec des salles de lecture, de méditation, et même de… lévitation, dans lequel le visiteur s’engagera à rester au minimum six heures. MAI ( Marina Abramovic Institute ) existe a São Paulo (2015)  Athens (2016), et a itinéré vers  Sydney, Buenos Aires, Basel ( Musée Tinguely en 2014 ), et Toronto – prochainement Biennale d’Art de Bangkok octobre 2018 -.

L’idée maîtresse : retrouver la simplicité dans notre vie , au MAI , vous apprendrez par exemple à prendre le temps de compter des milliers de grains de riz .

Révisons avec Marina Abramovic : c’est quoi une performance ?

Voici la définition que donne l’artiste serbe : ” Une performance est une construction mentale et physique que l’artiste effectue pendant un temps donné dans un espace donné en présence d’un public , c’est à ce moment-là qu’il y a un dialogue d’énergie. Le public et l’artiste collaborent dans la création . La grande différence entre le théâtre et la performance , c’est qu’au théâtre , le couteau est en carton , dans la performance il est un outil réel. On ne peut pas répéter une performance .Tous les êtres humains ont peur de choses très simples , nous avons peur de la douleur , nous avons peur de souffrir, nous avons peur de mourir, il faut trouver le moyen d’apprivoiser ces peurs.”

La méthode de Marina Abramovic consiste à faire les choses qui lui font peur, aller là où personne n’est allé et cela inclut aussi l’échec. Peut-être aussi considère-t-elle qu’elle n’est ici-bas que pour transcender la souffrance comme le lui a suggéré un jour un Chaman au Brésil .

Le livre : La psychanalyste zürichoise Jeannette Fischer avait rencontré Marina à Bern dans les années 90

Jeannette Fischer Psychanalyste Fondation Beyeler ©VB
Jeannette Fischer Psychanalyste Fondation Beyeler ©VB

Elle s’est interessée très vite à son travail et s’est attachée,  conformément à la pratique psychanalytique ,  à lier ses expèriences aux blessures -physiques et psychiques-de la tendre enfance. C’est au cours de l’été 2015 que les deux amies ont passé plusieurs jours ensemble dans la maison de l’artiste dans la vallée de l’Hudson. L’idée de ce livre pour Marina Abramovic était seulement de l’éclairer sur sa propre personnalité et le travail en résultant.

Marina Abramovic est vraisemblablement motivée par des éléments fondamentaux de son enfance : elle raconte notamment comme le mensonge a été une constante dans sa famille . Par exemple , lorsque sa grand-mère a perdu son fils unique dans une accident, on lui a raconté qu’il était parti en Chine pour un voyage professionnel , elle lui a ainsi envoyé toutes les 3 semaines une lettre espérant sans cesse une réponse qui n’est bien sur jamais venue , elle est morte à 103 ans dans une grande tristesse à cause de cela.  Marina , qui a été élevée une partie de son enfance par cette grand-mère tandis que ses parents étaient très occupés par leur dévotion politique au parti communiste, s’est retrouvée très seule à la disparition de celle-ci. Un autre mensonge,  par omission celui-ci : l’intransigeance et la dureté extrêmes de la  mère de Marina Abramovic , souvent assortie de gestes violents , avait certainement à voir avec les épreuves traversées en 45 pour sauver les Partisans avec le commando sanitaire dont elle faisait partie , actions qui ont fait d’elle une héroïne de guerre mais dont sa  fille Marina n’a rien su avant sa mort. La guerre n’est pas connue pour susciter l’amour , sinon ça se saurait. Autre forme de mensonge : celui qui voudrait convaincre que jeter un enfant au milieu des flots  et le laisser s’y débattre ,  chasserait à coup sur en lui la peur de l’eau , principe mis en application par le père de Marina qui lui en a gardé longtemps rancune , on s’en doute.

Marina Abramovic n’avait pas de jouets au sens classique , elle jouait avec des ombres ou les jeux de la poussière dans la lumière . C’est peut-être ce qui a développé son goût du cosmos et la conscience de sa position minuscule dans notre univers , une notion de l’infini que de simples mortels comme nous autres ne captons pas sans apprentissage studieux et volontaire.

Marina Abramovic est aussi une guerrière, à sa manière . Pire est votre enfance , meilleur artiste vous deviendrez , affirme-t-elle L’art de la performance de Marina Abramovic serait-il sa façon de pratiquer la résilience ou de s’absoudre non consciemment  de fautes comme celle de ne pas avoir souffert en martyre comme les compagnons partisans de ses parents , ou vécu comme un saint à l’image de son grand-père , patriarche de l’Eglise orthodoxe de Serbie  assassiné par empoisonnement ( le patriarche Barnaba ) ,  une façon d’expliquer la force de toute cette violence auto-infligée par l’artiste – flagellations , scarifications et autres tortures aux limites du supportable -?

L’empathie sauverait de tous les chagrins

Marina Abramovic Fondation Beyeler ©VB
Marina Abramovic Fondation Beyeler ©VB

Marina Abramovic semble aujourd’hui apaisée , elle montre une empathie évidente vis-à-vis des gens qui l’abordent ( elle a même serré très chaleureusement dans ses bras une jeune femme qui lui posait simplement la question : Can i help you Marina ? en clôture de la discussion entre l’artiste et sa psychanalyste Jeanette Fischer )  . L’artiste , que certains nomment la grand- mère de la performance ( Aïe ça pique un peu tout de même  )transmet l’idée humaniste  que nous pouvons recevoir beaucoup en nous ouvrant et en faisant preuve de bienveillance à l’égard de l’autre. On ne peut qu’adhérer.

Ma compréhension est que la performance est un art généreux , l’art partagé par excellence .”Quand je fais une performance , je ne pense pas à moi , je pense au message que je veux passer; / La performance est un état d’esprit ; c’est le public qui complète la performance.” MA

Marina Abramovic et les Suisses

A la fin de la conversation à la Fondation Beyeler , Marina Abramovic s’étonnant de ne recevoir aucune question interpelle l’assemblée avec beaucoup d’humour : “ allez les suisses , exprimez-vous , je sais que c’est difficile mais essayez tout de même ! Car l’artiste serbe, reine du Body Art ,  a une opinion la-dessus : ” J’ai beaucoup de mal à comprendre comment les suisses qui vivent dans un environnement aussi parfait , des montagnes , une nature merveilleuse , une nourriture saine , une si haute qualité de vie , ont tant de mal à exprimer leurs sentiments ; c’est un problème ; comment trouvent-ils le bonheur sans exprimer la moindre émotion ? Cela me serait impossible , je n’ai personnellement aucune peur de ce côté , je suis sure que je devrais proposer ma méthode Abramovic pour aider ces gens à s’ouvrir !” Marina Abramovic soupçonne  les montagnes de faire obstacle à l’épanouissement émotionnel du peuple Helvète , j’aime beaucoup cette idée que je trouve très poétique . Elle suggère également – et cela ne concerne pas seulement les suisses – de rire un peu plus , surtout de soi-même . L’humour est essentiel ! 

Quelques suggestions  que nous pourrions faire nôtres pour continuer à vivre avec légèreté :

  • prendre conscience de notre caractère mortel , laisser le passé ( il est passé ) , ne pas envisager le futur ( qu’en sait-on ? ) , se concentrer sur le présent , d’0ù l’importance de la performance qui est un art du moment , celui-là même durant lequel tu es certain d’être en vie.
  • Réaliser et surtout accepter  que dans une vie beaucoup d’amis deviennent des ennemis , ou en tout cas des étrangers ( Marina dédicace indifféremment ses textes  à ses amis ou ses ennemis, sachant que juste une question de temps peut les séparer )
  • Cesser de vouloir garder le contrôle de soi,  il faut laisser faire pour jouir d’un peu de liberté.
  • Il ne faut pas oublier de faire vivre notre esprit , nous oublions sans cesse le spirituel sous prétexte que nous somme mortels .

L’agenda de Marina Abramovic est plein jusqu’en 2023 !

Le succès vient du travail, d’énormément de sacrifices, et éventuellement d’un peu de talent. Je suis très conventionnelle, d’ailleurs, quand je ne travaille pas. Je ne bois pas, je ne fume pas, ne commets pas d’excès

FONDATION BEYELER

MARINA ABRAMOVIC

Marina Abramovic Fondation Beyeler ©VB
Marina Abramovic Fondation Beyeler ©VB

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