Musée Tinguely : Kienholz Les signes du temps jusqu au 13 mai 2012

Impolitiquement correct Kienholz : Les signes du temps Museum Tinguely, Bâle: 22 février 2012 – 13 mai 2012

Quand on pense à l’affiche du film ” Les Infidèles ”  de DujardinTheArtist et son comparse Lellouche censurée pour cause d’atteinte à

Kienholz Musée Tinguely My Country Tis of Thee 91
Kienholz Musée Tinguely My Country Tis of Thee 91

l’intégrité de l’image de la femme , on voit bien que le chemin est encore long jusqu’à la juste interprétation de l’objet présenté au public . Le monde de l’art ne s’embarrasse que très peu de cette censure car si tel était le cas , il est probable que les montages de Kienholz aient terminé en autodafé , notamment , en cette période pré-électorale hexagonale et non-hexagonale: observez , pas obligatoirement avec vos enfants , le quatuor comique surmonté du drapeau américain, main droite sur le coeur , main gauche solidairement ancrée un peu plus bas, le tout forçant l’irrespect et rappelant les meilleures heures de notre Hara-Kiri national.

Certains travaux semblant valoriser l’utopie d’une sexualité libérée,  dénoncent au contraire ile sexe marchandisé . Des oeuvres comme The Pool Hall (1993), The Rhinestone Beaver Peepshow Triptych ou The Bronze Pinball Machine with Woman Affixed Also (toutes deux de 1980) illustrent le commerce du sexe et l’affligeante banalité des images publicitaires qui se sont inscrites en profondeur dans l’inconscient social. Aujourd’hui, à l’heure du YouPorn et des images pornographiques accessibles à tous et à tout instant, le flipper comme exutoire évoquerait presque une période dorée.

La vision de Kienholz a quelque chose  de profondément protestant; elle oscille constamment entre le plaisir de montrer et le geste didactique.

L’artiste conceptuel américain Edward Kienholz (1927-1994) a créé à partir du milieu des années 1950 une oeuvre dans laquelle s’expriment la rébellion et la polarisation. Au coeur du travail qu’il a dessiné dès 1972 avec son épouse Nancy Reddin Kienholz

se trouvent la religion, la guerre, le mort, le sexe et les côtés sombres de la société.  On verra là des oeuvres qui ont vu le jour entre 1960 et 1994. Rebelle, provocante, radicale: depuis ses débuts au milieu des années 1950, l’oeuvre de Kienholz a toujours fait sensation. Seul pour commencer, Edward Kienholz (1927-1994) travaille à partir de 1972 avec sa femme Nancy Reddin Kienholz. . En abordant des thèmes tels que l’exploitation de la femme, la prostitution, le rôle des médias ou les retombées des luttes ethniques, ils mettent le doigt sur les failles des sociétés occidentales qui, jusqu’à aujourd’hui, restent béantes.

Kienholz est surtout considéré comme le précurseur des grands courants artistiques contemporains, tels qu’on les rencontre chez Paul McCarthy et Mike Kelley, mais aussi chez Jonathan Meese, Thomas Hirschhorn ou John Bock.

Edward Kienholz a étudié dans plusieurs écoles mais jamais aux Beaux-Arts. Grâce à ses différents jobs comme aide-soignant, marchand automobile, mécanicien (sa voiture portait l’enseigne «Ed Kienholz – Expert») et propriétaire de bar, il a pu découvrir les milieux

les plus divers et recueillir des impressions et expériences qui lui ont servi plus tard dans son travail artistique.

En 1953, Edward Kienholz s’établit à Los Angeles où, dès 1954, il réalise ses premiers reliefs en bois et des assemblages de matériaux de taille réduite. Deux ans plus tard, il organise des expositions à Los Angeles et ouvre en 1957, conjointement avec Walter Hopps, la Ferus Gallery. Ses travaux deviennent bientôt des tableaux à trois dimensions, des environnements et installations occupant tout l’espace. Son matériau puise principalement dans les objets et résidus quotidiens qu’il chine sur les marchés aux puces, ou aussi dans les déchets de la culture de consommation occidentale récupérés sur les tas de ferrailles ou dans les décharges: téléviseurs, pièces d’automobiles, lampes, haut-parleurs, meubles, aquariums, chaussures, panneaux, drapeaux, articles publicitaires, cigarettes, petits soldats, billets en dollars, ( imaginez la suite en écoutant Boris Vian et sa complainte du progrès -les Arts Menagers -) auxquels s’ajoutent souvent des plâtres coulés de parents ou amis.

Son oeuvre se présente au spectateur comme quelque chose d’inhabituel, dont le réalisme évoque certes le quotidien mais tout en allant bien au-delà. Les petits-bourgeois américains des années 1960 avaient beau ressentir ces oeuvres comme obscènes, ils se complaisaient aussi dans le scandale qui les entourait et se pressèrent par milliers à sa première grande exposition.

En 1962, Ed Kienholz et Jean Tinguely font connaissance à Los Angeles, où Tinguely expose à la Everett Ellin Gallery tandis que sa compagne, Niki de Saint Phalle, réalise au même endroit un «tableau de tir» le 4 mars 1962. Tinguely et Kienholz l’assistent, c’est le début de leur amitié. Dans les années suivantes, les deux artistes se rencontreront à maintes reprises. Un des moments forts est certainement la partie de chasse à l’automne 1965 qui donne le coup d’envoi à une oeuvre commune, le « concept tableau» intitulé The American Trip (1966).

«C’est une rage imprégnée d’adrénaline qui m’a poussé dans mon travail», déclara Edward Kienholz .  L’époque était alors marquée par la Guerre Froide et la Maccarthysme, les voix critiques de cette génération partageaient un mépris ardent pour la vulgarité et l’injustice dans le monde. Dénonçant l’outrance consumériste, l’hypocrisie et l’étroitesse d’esprit, on cherchait des issues alternatives parmi les marginaux et tous ceux que la société rejetait. Dans le grand tableau The Eleventh Hour Final de l’année 1968, Kienholz célèbre le confort d’un salon bourgeois des plus quelconques et, ce faisant, l’anéantit d’un seul geste, avec un seul objet. Cet objet, c’est un téléviseur en béton: derrière l’écran, symbolisant les victimes de la guerre du Vietnam, on voit la tête coupée d’une poupée qui illustre les statistiques des décès apparaissant sur l’écran. Le fait même de mentionner cette liste symbolise l’absurdité de ces statistiques qui étaient présentées tous les soirs au dernier journal – auquel fait référence le titre de l’oeuvre. La télévision devient monument, littéralement érigé à la «gloire» de la manipulation médiatique.

La confrontation du confort bourgeois avec la dureté du monde extérieur est également traitée dans le tableau The Jesus Corner de 1982-1983, dans lequel l’altérité, les marginaux et les anticonformistes, tous ceux qui sont hors de la société, sont abordés avec un esprit tolérant et ouvert. L’assemblage d’objets de dévotion chrétienne symbolise parfaitement le profond scepticisme que nourrit Kienholz face à la foi institutionnalisée, qui s’exprime dans son oeuvre tantôt avec dérision tantôt avec une colère affirmée.

Bon nombre d’oeuvres s’attachent à concéder à chacun une juste part du rêve américain. Dans le travail Claude Nigger Claude de 1988, Edward Kienholz et Nancy Reddin Kienholz traitent du racisme ordinaire. Claude représente un Noir dans l’état de l’Idaho, où la population noire est de plus en plus minoritaire. The Potlatch, également de 1988, se consacre à la destruction de l’identité culturelle et sociale des populations indigènes. Avec Claude Nigger Claude et The Potlatch, les artistes, eux-mêmes habitants de l’Idaho, envisagent l’histoire du Nord-Ouest américain sous un angle qui leur est proche.

L’exposition culmine dans la spectaculaire installation The Ozymandias Parade et ses 687 ampoules clignotantes (elles seront rouges et blanches à Bâle, soit aux couleurs de la Suisse, puisque ces couleurs s’adaptent à chaque lieu de présentation). La nef des fous en forme de flèche à miroir apparaît ici comme une parade décadente qui symbolise les abus du pouvoir politique. Un grand cirque aux allures  baroques fellinniennes  , plaçant en vedette des généraux enmédaillés recto-verso et  des chevaux sens-dessus-dessous, sur un tapis de dollars parcouru de poupées et statuettes d’origines multiples   .

Aux visiteuses et visiteurs de décider si le sombre président de la parade arbore un YES ou un NO sur le visage. En effet, c’est la réponse à un sondage qui se réduit à une seule question : «Êtes-vous satisfait de votre gouvernement ?» Une page Internet sera mise en ligne deux semaines avant le début de l’exposition pour permettre aux visiteuses et visiteurs de participer à ce sondage. Les résultats seront affichés dès l’inauguration de l’exposition.

Kienholz: Les signes du temps est une exposition de la Schirn Kunsthalle de Francfort réalisée en collaboration avec le Museum Tinguely de Bâle.

Catalogue:

À l’occasion de l’exposition paraît le catalogue Kienholz. Die Zeichen der Zeit/The Signs of the Times aux Verlag der Buchhandlung Walther König (publié sous la direction de Martina Weinhart et Max

Hollein; allemand/anglais; 245 pages; CHF 38) avec une préface de Roland Wetzel et Andres Pardey, des textes de Dietmar Dath, Martina Weinhart et Cecile Whiting et un entretien de Martina Weinhart avec Nancy Reddin Kienholz (ISBN 978-3-86335-087-1).

Informations générales:

Heures d’ouverture: tous les jours, sauf le lundi, de 11h à 18h

Tarifs: Adultes: CHF 15

Scolaires, étudiants, apprentis, AHV, IV: CHF 10

Groupes (20 personnes au moins): 10 CHF (par personne)

Enfants de moins de 16 ans: gratuit

Musée Tinguely : www.tinguelymuseum.ch

One thought on “Musée Tinguely : Kienholz Les signes du temps jusqu au 13 mai 2012

  1. C’est vraiment intéressant, on peut découvrir une vision hétéroclite, visionnaire ou surréaliste de notre société.
    J’aime beaucoup, bravo !

    Theo. LeChat

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