Philippe Pasqua à la Fondation Fernet-Branca

Philippe Pasqua , L’autre humanité  laissé pour compte pour non académisme 16 septembre au 9 décembre 2012

Florence Guionneau-Joie , commissaire de l’exposition , connaît bien Philippe Pasqua , elle qui suit son travail depuis 15 ans après un coup de foudre pour l’oeuvre de cet artiste singulier , rencontré  alors dans une galerie parisienne , rencontre qui aurait été impossible dans le cadre d’un musée car l’artiste n’avait pas encore  été adoubé de ce côté du monde par les experts  jugeant sa peinture de peu d’intérêt,  avis  pourtant non partagé par  le Museum of Modern Art  de Moscou ou l’Art Center Yvonamor de Mexico et malgré sa présence lors de la Biennale de Venise pour une sculpture monumentale  en 2009. Pas mal pour un marginal non reconnu.

 Préparez-vous à découvrir  une cinquantaine d’œuvres réalisées entre 1997 et 2011  pour une exposition  orchestrée à partir de la  lecture chronologique et thématique,d’une œuvre où la représentation du corps humain, des visages en particulier, des êtres hors normes , est obsessionnelle.

Lorsque j’ai aperçu  l’affiche de l’exposition de loin , ce visage rond  à bouche rouge ,très expressif , j’ai davantage pensé à Ousmane Sow , sculpteur sénégalais entré dans le coeur des parisiens et des autres ( 3 millions en tout  ! )après  l’exposition de sa série Little Big Horn sur le Pont des Arts en 1999. J’avais des excuses , les grands coups de pinceaux rappelaient bien la spatule du colosse; en observant de plus près ,j’ai  réalisé que le  le portraît était celui d’un aveugle , et cela  donnera son sens  à l’exposition .Je ne peux tout de même m’empêcher de noter  les points communs entre les 2 artistes : autodidactes tous deux ,une oeuvre physiquement gigantesque  , un  travail centré sur l’Homme traité par séries  , dans toute sa puissance pour l’un , dans toute sa désincarnation  et sa fragilité pour l’autre. Ajoutons   leur  participation  à la Biennale de Venise et leur retentissement actuel : ils sont tous deux étiquettés  parmi les artistes les plus cotés du moment.

Finalement , le parallèle avec Ousmane Sow s’arrête là et on songe plutôt assez vite à Francis bacon , autre  interprète emblématique de la souffrance des corps ou à Lucian Freud , même sujet , autre technique .Certains travaux photographiques de Diane Arbus se rapprochent des toiles de Pasqua en cela qu’elles  reflètent l’exploration de la relation entre apparence et identité.

Philippe  Pasqua , esprit sain dans un corps sain ou gardons-nous des préjugés 

Pénétrons la première salle de la Fondation Fernet-Branca  pour découvrir à droite une immense photo noir et blanc de Pasqua au travail , enfin , en méditation , dans son atelier : vision d’un homme affalé dans un fauteuil ( Eames tout de même ) au milieu d’un capharnaüm de revues , papiers , pinceaux savamment amassés  en un tas armanesque, baskets et bermuda d’ado ambiance déglingue pour ce quadragénaire mature ; stop ! Ne vous y fiez pas ! Philippe Pasqua est à l’opposé de l’artiste maudit , les bouteilles éparses sont des bouteilles d’eau , il ne fume pas , court deux fois par semaine , mange sain , vit sain ; bref , les êtres qu’il peint sont aux antipodes de sa condition , son enveloppe charnelle à lui est sans souffrance , point de Catharsis personnelle à rechercher dans ces séries d’hommes , de femmes et d’enfants en marge à l’image dérangeante dans nos belles sociétés policées .

Cependant , nous éclairant sur la motivation du travail présenté à la Fondation , l’artiste aux dreadlocks précise : ” les trisomiques , les aveugles , les transsexuels m’interpellent par leur physique, par leur façon d’être , de bouger…Quand j’ai représenté des handicapés , j’ai pensé à des gens très proches de moi: ma cousine est trisomique , un membre de ma famille est paraplégique”

Pasqua peint l’infirmité , l’étrange car c’est la condition humaine invisible de tout le monde.

 Splendeurs et misères de la chair : Vanitas Vanitatum , omnia Vanitas !

Pour peindre de tels personnages , encore faut-il les trouver quelque part; Pasqua raconte ainsi la genèse de Caphi le Transsexuel , débusqué sur internet après la petite annonce suivante : : « peintre cherche travesti. »Simple comme un coup de fil n’est-ce pas ? Ainsi fut intronisé  Philippe ex-Caroline , nouveau venu d’alors à la Cour des Miracles du peintre et qui lui permit de s’introduire dans les blocs opératoires pour s’essayer à traduire sur toile les interventions chirurgicales et la métamorphose des corps qui en résulte. Parfois , les modèles sont photographiés puis reproduits d’après clichés , d’autres fois , la pose est réelle , disharmonieuse et saisissante, si expressive qu’on en reste effrayé ou muré dans une contemplation hallucinée .

A présent , Philippe Pasqua n’a plus besoin des photos de ses modèles , il peint de mémoire et à l’affectif , c’est signe qu’il a progressé en conclut-il.Il faut dire qu’il suit ses modèles pendant plusieurs années , si tant est qu’il en  obtienne l’autorisation . Ainsi , Laura la petite trisomique, rencontrée lorsqu’elle avait 8 ans,  pour laquelle il a conçu une statue en onyx  qui sera bientôt également statufiée en argent massif ” parce qu’elle le vaut bien “; ou Philippine , mannequin dont il a suivi et traduit les métamorphoses physiques provoquées par la chirurgie plastique.

Ne prenez pas peur : toiles immenses  , sujets en marge mais  les peintres occidentaux nous  avaient habitué dès  le XVème siècle

Pasqua n’a pas inventé la chair meurtrie , les êtres difformes ,  la déshumanisation consécutive à la dégradation des corps ,voyez  les dissections de Rembrandt, les corps difformes de Goya ou de Munch, et les prostituées de Toulouse-­‐Lautrec ou de Fautrier ? Vous aimez ? En tout cas , vous connaissez , c’est certain et si vous  ne vous évanouissez pas devant ” l’origine du monde ” de Courbet , ou ” la leçon d’anatomie ” de Rembrandt , si vous avez un minimum d’empathie pour cette part d’humanité née du mauvais côté de la chance , mais qui  promène sa peau sur la même planète que nous , arrêtez-vous à la Fondation Fernet-Branca , vous ne pourrez pas rester indifférent.

Quelques clés :

“Je travaille uniquement à la peinture à l’huile J’utilise actuellement beaucoup de rouge, ..que je métange avec du blanc…Je mélange les couleurs à même  le tableau, pas sur une patette. Ma peinture est très grasse avec des couches très longues à sécher. »

Handicaps, différences, obscénité ou sacré : chaque toile est le fruit d’une lutte, d’une tension entre ce qui est montrable et « toléré » et ce qui est socialement refoulé ou occulté.

www.expophilippepasqua.com

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Fondation d’Art Moderne et Contemporain Fernet Branca

 Ouverture : Tous les jours, de 14h00 à 19h00 sauf lundi et mardi

Visite guidées : Sur demande

Accès : Aéroport Bâle/Mulhouse (à 5 minutes) – SNCF -Autoroute A35

La Ville de Bâle est à 5 minutes de Saint-Louis.

Arrêt de bus “Carrefour” (à 3 minutes du musée) – direction Bâle station “Schifflände”

 TARIFS

Entrée Tarif réduit Gratuité

– Groupes 10 personnes minimum 7euros

– Etudiants de moins de 26 ans 6 euros

Président : Jean Ueberschlag

Trésorier : Daniel Reibel

Secrétaire : Jean-Marie Zoellé, maire de la ville de Saint-Louis

Adresse : 2, rue du Ballon 68300 Saint-Louis

Téléphone : 03 89 69 10 77

Nous contacter :  Formulaire de contact

 Fondation Fernet-Branca

www.museumspass.com

Atelier de Philippe Pasqua : Colombes

The Storage : 3000 m2  ( bientôt 7000 m2) crées  par l’artiste en septembre 2010 ; ancien lieu industriel consacré à des expérimentations artistiques et collectives innovantes ainsi qu’à son propre travail.

One thought on “Philippe Pasqua à la Fondation Fernet-Branca

  1. Bonjour,
    Merci pour votre article. Puisqu’il y est question de points communs avec d’autres artistes il aurait fallu, selon moi, parlé de Jenny Saville. Même peinture, même démarche mais bien plus antérieur. Ceci apporte alors une réponse au non intérêt des musées pour le travail de Pasqua. Nos institutions ont un peu plus de culture que le marché de l’art…

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