ST.ART  Foire Européenne d’Art Contemporain 2017

Bernar Venet ST.ART 2017 Photo VB

ST.ART la Foire Européenne d’Art Contemporain de Strasbourg s’est tenue du 17 au 20 Novembre 2017

Un bilan de la  ST.ART 2017 : 20 000 visiteurs , plus de 400 artistes et un invité d’honneur prestigieux

Jean-Eudes-Rabut-Henri-François-Debailleux St.ART 2017 Photo VB
Jean-Eudes-Rabut-Henri-François-Debailleux St.ART 2017 ©VB
Patricia Houg ST.ART 2017 Photo VB
Patricia Houg ST.ART 2017©VB

Les organisateurs de la 22ème édition de la ST.ART-Philippe Meder, directeur de Salons, Strasbourg Evénements Jean-Eudes Rabut président du directoire de Strasbourg Evènements , Patricia Houg directrice artistique –  sont satisfaits, notamment parce qu’ils  ont constaté cette année une forte augmentation du visitorat étranger, notamment allemand et suisse. Le volume d’affaire  a été jugé satisfaisant pour un grand nombre d’exposants, certaines pièces atteignant  50 000 € pour la AD Galerie qui a vendu tous les artistes présentés sur son stand  .

 Après Michel Nuridsany en 2015, Olivier Kaeppelin en 2016, Henri- François Debailleux, critique d’art invité à donner le coup d’envoi de ST- ART cette année. Il abandonne Liberation après 32 ans de bons et loyaux services pour le Journal des Arts . Invité en 2016 à poser son regard sur la foire, Olivier Kaeppelin, directeur de la Fondation Maeght  présentait pour cette 22e édition une carte blanche dédiée à Damien Cabanes dont nous avions vu l’exposition en mars à la Fondation Fernet-Branca. Jean-Luc Monterosso , directeur de la Maison Européenne de la Photographie, est aussi une des personnalités conviées pour son expertise du monde de l’art au même titre que Michel Nuridsany, critique d’art; ils ont tous deux joué un rôle important dans la nouvelle définition des rapports de la photographie à l’art et à la litterature.

Pour la 2ème année, la Ville de Strasbourg s’est engagée aux côtés de la foire en décernant le « Prix Art de la Ville de Strasbourg ». Parmi la dizaine de nominés préselectionnés par la direction artistique de la foire, le jury, composé de Estelle Pietrzyk, conservatrice au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg (MAMCS), et David Cascaro, directeur de la HEAR, Haute École des Arts du Rhin, a distingué Jean-Marc Lacaze, représenté par la Aedaen Gallery pour son oeuvre «Les gilets première classe», des gilets de sauvetage qui rappellent au visiteur le sort tragique des migrants traversant sur des embarcations de fortune la Méditerranée pour rejoindre l’Europe.

Jean Marc Lacaze vit et travaille à la Réunion. Son travail est soutenu par le FRAC Réunion, la DAC Océan Indien, la galerie Opus et la galerie AEDAEN. Artiste « protéiforme », il ne donne pas de limites stylistiques et formelles à ses expériences et rencontres. Il utilise différents média en fonction de son désir de langage et de sensation plastique. D’un esprit expressionniste, ironique et coloré, il prend soin d’ enrichir son regard critique et enjoué sur ce qui l’entoure, quotidiennement, au jour le jour. Dans un  doute récurrent et nécessaire, il œuvre pour trouver une simplicité vitale. L’humour via la dérision confrontée à la gravité est un des moteurs bigarrés de son travail. Actuellement en résidence à Mayotte.

Pour la 3ème année consécutive, un invité d’honneur prestigieux était invité à présenter une partie de ses collections. Après la MEP en 2015 et la Fondation Maeght en 2016, c’était au tour de la Venet Foundation qui participait pour la première fois, depuis sa création en 2014, à une foire .

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La Venet Foundation : invitée d’honneur St.ART 2017

Bernar Venet a accepté de quitter provisoirement son paradis varois pour honorer l’invitation qui lui  a été faite de présenter une partie de la collection de la Venet Foundation à l’occasion de cette 22ème édition de ST.ART succédant ainsi à la Fondation Maeght et la Maison Européenne de la Photographie . Bernar Venet et la ville de Strasbourg sont de vieux complices comme l’a rappelé Jean-Eudes Rabut ,  président du directoire de Strasbourg Evènements . Place de Bordeaux , au vu et au su de tous, trône depuis 1990 la Ligne indéterminée , une spirale de métal peint haute de 7 mètres , sans queue ni tête ce qui pourrait lui conférer cette indétermination sur laquelle Bernar travaille depuis 1983 .

Venet Foundation Le Muy La galerie Photo VB
Venet Foundation Le Muy Jean Tinguely prêt du Musée Tinguely de Bâle La galerie 2015 ©VB

Celui dont Marcel Duchamp disait qu’il était un artiste qui vendait du vent ironisant sur le thème de l’art conceptuel cher à Bernar Venet à cette époque, a incontestablement pris du poids , plusieurs tonnes en général : 75 pour les 9 lignes obliques de Nice, 7 pour chacun des Arcs de Versailles -2011-, une broutille comparée aux  projets gigantesques imaginés par ce plasticien génial expert en acier corten . Des exemples ? l’Arc Majeur de part et d’autre de l’ autoroute  A6 ou celui  reliant deux îles près de Paros , ou encore la ligne géante de 64 mètres appuyée contre l’arc de triomphe  titrée le Repos de l’arme ; plus près de nous , les Effondrements partiels installés lors de la dernière Art Basel tout près de la Cathédrale de Bâle- une prouesse technique dont la police bâloise se souvient encore pour avoir du organiser le déchargement et le rechargement des mastodontes -…

Mais restons vigilants : parfois , ces projets somptuaires restent à l’état de projets car Bernar Venet  consigne ses idées sous forme d’objets virtuels qu’il distille au gré du temps  jetant ainsi la confusion dans les esprits : l’ai je vu, vraiment vu ? Pas sur que répondre soit important car comme le précise l’artiste :  “ les photomontages créés sur mon ordinateur pour rendre visibles mes idées sont pour moi des oeuvres d’art à part entière aussi concrètes que les sculptures realisées,” indication destinée à  nous aider à séparer le bon grain de l’ivraie , ou plutôt , ce qui existe déja de ce qui n’existe pas encore ou n’existera pas . Un peu de miséricorde ami lecteur : le projet d’arc traversant l’autoroute E411  est entériné , nous  le verrons – de loin – entre Namur et Luxembourg cet été 2018 , une oeuvre monumentale d’acier Corten de 60 mètres de haut et 75 de diamètre fabriquée par l’industriel mécène , la firme belge CMI , la France ayant lâché l’affaire. Ceux qui n’ont pas la patience d’attendre la sortie de terre de l’arc géant pourront toujours visiter l’Espace d’Art Concret de Lyon

La collection de Bernar Venet : une histoire d’amitiés

Pour l’heure , Bernar Venet s’est invité à Strasbourg chargé de quelques uns de ses trésors : Wall Hanging 1969 , une oeuvre de feutre de Robert Morris aux allures de drappé romain dont la teinte proche de celle de l’acier Corten  me la fit prendre niaisemnent pour une installation de Bernar Venet lui-même, lequel n’a pas hésité à passer un coup d’aspirateur sur le travail de son ami pour en débouter les inesthétiques bouloches . ” Les oeuvres apportées ici sont représentatives car elles sont liées aux amitiés qui ont compté dans ma vie  , elles m’ont été offertes par des artistes m’ont tendu la main à mes débuts aux Etats-Unis” . On trouve parmi eux  , les travaux des minimalistes américains  Carl André , Sol Lewitt, Donald Judd , cohabitant ceux des nouveaux realistes , une compression de l’ami César et la poubelle compactée de Bernar Venet offerte par Arman. Ceux qui auront la chance de visiter la Venet Foundation croiseront d’autres amis par leurs oeuvres interposées comme Jaume Plensa ou la merveilleuse Chapelle de Frank Stella , l’ami de toujours –une realisation inspirée de celle de Rothko – à Houston, que l’on ne peut atteindre qu’après avoir traversé le pont-tube dessiné par le propriétaire des lieux , un corridor magique éclairé comme un ciel étoilé en plein jour , dont les parois sont percées d’ oeils-de-boeuf placés de part en part comme un appel irresistible aux sens.

Venet Foundation-Chappelle-Franck-Stella Photo VB
Venet Foundation-Chappelle-Franck-Stella©VB

La Venet Foundation , créée en 2014 aux États-Unis , la Fondation est nichée dans un un parc merveilleux scindé en son milieu par la Nartuby , un véritable havre de paix peuplé de sculptures élégamment disposées entre de majestueux pins parasols , un lieu tout entier dédié à l’art imaginé par Bernar Venet et son épouse Diane. La Fondation  Venet revient de loin : en 1989, lorsque les Venet ont acquis ce lieu enchanteur, il n’était encore que le Moulin des Serres, ou plutôt devrait-on dire le Moulin des Pierres ? Depuis , beaucoup d’eau a passé sous les ponts de la Nartuby ( jusqu’à la crue dévastatrice de 2010), la Venet Foundation est née assortie de plusieurs missions illustrant clairement deux vocations : celle de pérenniser l’oeuvre de Bernar Venet et valoriser sa collection , mais aussi celle d’exposer d’autres artistes dans une galerie construite à cet effet dans le parc et dessinée par les architectes Berthier et Llamata . Ainsi , en 2015 le Musée Tinguely de Bâle a prête une oeuvre monumentale de Jean Tinguely , en 2016 , c’est le tour de James Turrell puis Fred Sandback en 2017 . Yves Klein est prévu pour 2019 mais nous n’en saurons pas plus ! Bernar Venet accueille également en résidence de jeunes artistes comme Kader Attia , laureat du Prix Marcel Duchamp en 2016.

Bernar Venet a reçu en 2017 le Prix Montblanc de la Culture de la Fondation culturelle Montblanc qui récompense depuis 1992 les célébrités du monde artistique et culturel pour leur engagement en tant que mécènes.

FONDATION BERNAR VENET

Foundatioin-Venet- Photo VB
Foundatioin Venet ©VB

Visite sur sur les stands des galeries: mes petites histoires

Comme il est impossible de tirer un portrait complet des galeries et des artistes exposés lors d’une foire telle que ST.ART , voici un focus personnel totalement subjectif . Au gré de ma promenade plutôt familière ,  le stand de la Fondation Fernet-Branca qui vient d’inaugurer sa nouvelle exposition , Gilgian Gelzer et Raul Illarramendi , jouxtant celui de la ville de Bâle , je me suis donc retrouvée en terrain connu .

Helsen-Greet Galerie Mollwo Photo VB
Helsen-Greet Galerie Mollwo ©VB

Ce que j’ai aimé ? Retrouver chez Tania Schoch – Galerie Mollwo à Riehen tout près de la Fondation Beyeler- Helsen Greet , artiste belge installée en Suisse dont j’avais acquis une toile il y a une dizaine d’années sans devoir expliquer au livreur où nous habitions car d’autres amateurs avaient commandé également un tableau la semaine précédente : nos voisins directs ! Tania Schoch continue de représenter Helsen et son époux Andreas Durrer , artiste peintre comme elle. Je dois dire que je suis toujours aussi séduite par la douceur et l’association des couleurs placées en un subtil dialogue dans ses tableaux .

Un peu plus loin , j’entame une conversation avec Pol Lemétais , de la galerie eponyme , assez centré sur des objets d’art brut-(le mot objet est aussi important que ce

Pol-Lemetais-Galerie-Pol-Lemetais Photo VB
Pol-Lemetais-Galerie-Pol-Lemetais©VB

qui le qualifie ); Pol est un chineur , il repère de-ci de -là  avant de  préparer ses expositions , de chez lui  dans le petit village de Saint-Sever du Moustier  dans l’Aveyron , l’atelier improvisé où il entrepose ses trouvailles ; nous avons une conversation sur la belle région dans laquelle il s’est installé , évoquons Saint-Afrique puis Montaigut . J’en viens à lui raconter que nous connaissons bien ce village depuis que notre fille a participé à la restauration d’une bâtisse ancienne avec  l’association Remparts dont Pol connaît très bien l’action puisque celle-ci intervient aussi à Saint Sever du Moustier. Ca fait plaisir ! L’occitanie est vraiment pleine de ressources et le fait savoir , la galerie Pol Lemétais , en bon faire-valoir , se déplace beaucoup , cette année  New-York , Paris , Lausanne et…Strasbourg.

Inigo-Manterola-Legaxart-Barcelona Photo VB
Inigo-Manterola-Legaxart-Barcelona©VB

Encore quelques pas pour un voyage à Barcelone avec  Gerard Sala  , le jeune directeur de la Galerie Legaxart avec qui je me réjouis d’échanger sur cette merveilleuse ville catalane si chaleureuse et joyeuse , que nous avons eu la chance de visiter avec un ami architecte barcelonais( nous nous sommes gardé d’aborder la question de la situation politique actuelle en Catalogne ) . je dois dire que mon premier regard a été pour une oeuvre du sculpteur Jaume Plensa dont je suis fan et que je n’ai pas l’habitude de voir en si petit format : j’ai photographié mille fois ses bouddhas multicolores illuminant l’esplanade Massena de Nice , je me suis introduite dans les entrailles de son Nomade geant à Antibes , j’ai fait poser mes enfants devant Carmela à …Barcelone et je me suis pressée comme tous les badauds pour tourner autour de l’Invisible Laura présentée à Art basel dont Jaume Plensa est un habitué. Autant dire que si l’on aime Plensa , les occasions sont nombreuses d’admirer ses personnages un peu partout, ce qui n’est pas obligatoirement le cas de Inigo Manterola , un peu moins célèbre pour l’heure , dont les élégantes torsions de fer peuplent la galerie , en petit ou grand modèle . Inigo , descendant d’une longue lignée de pêcheurs et marin pêcheur lui-même, n’est passé à la sculpture industrielle que tardivement après s’être consacré une vingtaine d’années durant à la peinture. La sculpture , le dessin dans l’espace, explique-t-il, lui permet d’exprimer davantage ses sensations. Inigo n’est pas peu fier de raconter comment la chef  étoilée landaise , Hélène Darroze , lui a commandé  en 2016 ses torsions  de fer en quantité pour les poser sur les tables des convives de son restaurant éphémère dans l’hôtel Maria Cristina  à San Sebastian. Inigo Manterola est né en 1973 à Orio et a étudié à la faculté des beaux-arts de Bilbao.

Et puis , ne l’oublions pas : nous sommes à Strasbourg, Alsace,  et parmi les invités de marque cette fois-ci , on croise Tomi Ungerer . Enfin , pas tout à fait . Explication de texte : comme je tombe en arrêt devant un tableau fait de mille lignes multicolores , je m’avance , croyant admirer une oeuvre de Gerhard Richter , et là , Frederic Croizer , directeur de la galerie Radial Art Contemporain,  remet rapidement les choses en  place non sans m’avoir jeté un regard hésitant entre complaisance et dégout : non , rien à voir  , je vous aide ! Il s’agit du travail de Frank Fischer  , un hommage chromatique à Tomi Ungerer .( Pour ceux qui ne le savent pas  encore, Tomi Ungerer , véritable héros de notre enfance , inoubliable créateur des 3 Brigands , réinterprété partout dans le monde , affichiste satiriste fameux , auteur adoubé par les américains du Times , Life… Tomi Ungerer  a quitté depuis longtemps son Alsace natale pour vivre au pays de son épouse Yvonne , l’Irlande ). Donc , l’hommage chromatique de Frank Fischer réclame tout de même un éclaircissement technique : c’est simple ! Si ! Les codes-barres lumineux qui forment un spectre coloré sont la transcription des oeuvres que Franck Fischer a tout spécialement choisies pour rendre hommage à Tomi Ungerer. Le miracle , c’est que le code Frank Fischer suffira à reconnaître les oeuvres .Une video installée sur le stand de la galerie nous aide à comprendre la méthode : point de gouache ni de crayon , ici , l’artiste utilise des laques glissant par ses soins dans une parfaite verticalité, voire un ordonnancement clinique  sur des plaques d’alluminium  à la base desquelles subsistent les gouttelettes témoins du processus de creation. Vraiment étonnant ! Le travail de Frank Fischer est consigné dans le catalogue de l’exposition Reminiscences disponible à la galerie Radial Art Contemporain  Frank Fischer et Tomi Ungerer croisent la couleur au Consulat General de Suisse jusqu’au 30 novembre 2017.jusqu’au 30 novembre .

Frank-Fischer-Les-3-brigands-Laque-sur-allluminium-4100€-Galerie-Radial-Art-Contemporain Photo VB
Frank-Fischer-Les-3-brigands-Laque-sur-allluminium-4100€-Galerie-Radial-Art-Contemporain©VB

Encore un petit arrêt sur le stand de La Chambre , galerie strasbourgeoise qui expose en ce moment le travail du photographe français Emmanuel Georges , une série d’images  prises au cours de trois périples dans les régions les plus reculées des Etats-Unis , 20000 km de balade en tout pour fixer le paysage urbain américain devant lequel personne ne songerait à s’arrêter tant il évoque un quotidien  sans poesie ni fantaisie. Mais ça , ça se passe avant l’intervention de l’artiste qui semble avoir été très influencé par Edward Hopper , autre manipulateur de génie de la lumière sur des scènes du type ” La Nuit au bureau “ , pas vraiment excitantes de premier abord. Il me semble que le point commun du photographe et du peintre est l’irrepressible mélancolie qui se dégage des toiles et des clichés , quelque chose qui aurait à voir avec une idée d’abandon liée à la trace industrielle laissée par l’homme au milieu de rien , un Bagdad Café qui serre le coeur mais mais dont on ne voudrait plus quitter la douce et triste langueur , un peu comme les jeunes filles en peine d’amour qui alimentent leurs larmes en écoutant Brel ou Barbara . Si la reussite d’un artiste se mesure à l’émotion qu’il provoque chez le passant distrait , alors …bravo !

Ce diaporama nécessite JavaScript.

ST.ART 2017

 

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :